Le retrait américain d'Afghanistan ne ressemblera pas à la chute de Saïgon. Il n'y aura pas d'hélicoptères surchargés évacuant des civils depuis l'ambassade des Etats-Unis pendant que les talibans envahiront Kaboul. L'année 2020 aura malgré tout marqué un tournant en laissant entrevoir la fin de la guerre en Afghanistan, du moins pour Washington.
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Le retrait américain d'Afghanistan ne ressemblera pas à la chute de Saïgon. Il n'y aura pas d'hélicoptères surchargés évacuant des civils depuis l'ambassade des Etats-Unis pendant que les talibans envahiront Kaboul. L'année 2020 aura malgré tout marqué un tournant en laissant entrevoir la fin de la guerre en Afghanistan, du moins pour Washington. En février, l'administration du président Donald Trump a signé avec les talibans un accord prévoyant le retrait des troupes américaines. En échange, les insurgés ont promis d'engager le dialogue avec le gouvernement afghan internationalement reconnu qui, lui, a été forcé de libérer quelque 5.000 prisonniers talibans. A la fin de l'année, le nombre de soldats américains dans le pays avait été ramené à moins de 5.000. Cela permet d'assurer à peu près la sécurité des sièges des organisations internationales à Kaboul, mais pas davantage. Faut-il en conclure que le pays, qui n'a connu que la guerre depuis l'invasion soviétique à la fin des années 1970, est sur le point de goûter la paix? Malheureusement, nous n'avons aucune certitude à cet égard. D'après Ashley Jackson, chercheuse à l'Overseas Development Institute, un groupe de réflexion installé à Londres, personne ne sait vraiment à quoi ressemblera 2021. Les Américains laissent le pays dans un sale état. Une chose semble probable: deux décennies après avoir été chassés de Kaboul par une coalition formée de l'Otan et des rebelles de l'Alliance du Nord, les talibans ont de bonnes chances de retourner au pouvoir. Reste à savoir à quel genre de gouver- nement ils prendront part. Les négociations de paix, qui devaient commencer en mars, ont finalement commencé en septembre au Qatar. Le gouvernement de Kaboul a rarement paru aussi fragile. Son armée, qui n'a jamais été particulièrement efficace, est beaucoup plus faible maintenant qu'elle est privée du soutien aérien des Etats-Unis. Les insurgés ont renoncé à mener des attaques spectaculaires contre des cibles américaines mais ils ont multiplié les assassinats contre des représentants du gouvernement afghan. Ils ont par ailleurs renforcé le contrôle qu'ils exerçaient sur certaines routes importantes, où ils perçoivent des péages. A mesure que les talibans resserrent leur étau sur Kaboul, les autorités afghanes perdent peu à peu leur pouvoir de négociation. Les objectifs poursuivis par les talibans sont contradictoires. Ils veulent de toute évidence être la force dominante au sein d'un nouveau gouvernement. Ils souhaitent idéalement instaurer un émirat islamique. Mais ils semblent aussi vouloir continuer de toucher l'aide internationale dont dépend l'Afghanistan. Dans ce contexte, une paix morose est envisageable. Mais pour le prési- dent Ashraf Ghani, au pouvoir depuis 2014, cela reviendrait essentiellement à dissoudre son gouvernement pour en former un nouveau avec ses anciens ennemis. Porté au pouvoir sur la promesse de remédier à la faillite de l'Etat afghan, il risque de trouver la pilule difficile à avaler.