Les chiffres de croissance au deuxième trimestre devraient confirmer que l'économie américaine a retrouvé son niveau d'avant-crise et que celles de la zone euro sont enfin entrées en phase de reprise. Si l'on y ajoute que l'Asie a redémarré très tôt, dès la deuxième partie de 2020, on assistera a priori à une reprise synchronisée de l'économie mondiale en deuxième partie d'année. Pour autant, si tout le monde avance dans la même direction, ce n'est pas nécessairement à la même vitesse ni de la même manière.
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Les chiffres de croissance au deuxième trimestre devraient confirmer que l'économie américaine a retrouvé son niveau d'avant-crise et que celles de la zone euro sont enfin entrées en phase de reprise. Si l'on y ajoute que l'Asie a redémarré très tôt, dès la deuxième partie de 2020, on assistera a priori à une reprise synchronisée de l'économie mondiale en deuxième partie d'année. Pour autant, si tout le monde avance dans la même direction, ce n'est pas nécessairement à la même vitesse ni de la même manière. Rappelons d'abord que les Etats-Unis sont marqués par une croissance presque deux fois plus forte que la zone euro, alors même que la chute d'activité en 2020 y a été deux fois moindre. Les pressions inflationnistes sont aussi beaucoup plus importantes outre-Atlantique. Mais, surtout, l'économie américaine a retrouvé son niveau d'activité d'avant-crise alors qu'il manque toujours plus de 6 millions d'emplois par rapport à fin 2019. En zone euro, la situation est totalement inversée: l'emploi n'a pas trop souffert, si bien qu'il n'est pas loin de son niveau d'avant-crise, mais c'est l'activité économique elle-même qui a un plus grand retard à rattraper. Cette situation s'explique évidemment par les systèmes de chômage temporaire qui ont été activés dans de nombreux pays de l'union monétaire et qui ont permis de sauver de très nombreux emplois. Quant à la situation américaine, elle est assez déconcertante. Pourquoi l'emploi ne remonte-t-il pas aussi rapidement que l'activité. Il s'agit, semble-t-il, davantage d'un problème d'offre que de demande sur le marché du travail. Comment alors expliquer le manque de candidats? D'une part, les compléments aux allocations de chômage, lancés dès le début de la pandémie mais reconduits par le président Biden, réduisent l'écart entre celles-ci et le salaire des emplois peu qualifiés. En tenant compte des frais de transport et de garde des enfants, ce faible écart n'incite pas toujours à un retour sur le marché du travail. Cet élément devrait néanmoins disparaître progressivement puisque plus de la moitié des Etats ont mis fin ou sont sur le point de mettre fin aux allocations de chômage fédérales supplémentaires. D'autre part, et de manière un peu plus étonnante, les données suggèrent une augmentation marquée des départs à la retraite. C'est notamment lié à l'envolée des marchés boursiers qui a fait grimper la valeur des plans de retraite, au point de compenser, pour un nombre important de travailleurs en fin de carrière (on parle de plus de 2 millions de personnes), le manque à gagner d'une retraite anticipée. C'est évidemment autant de personnes en moins sur le marché du travail. La lutte pour trouver des travailleurs adéquats pourrait encore durer quelques trimestres. Ce sera un facteur clé qui poussera l'inflation américaine à rester élevée plus longtemps que prévu, en raison des pressions à la hausse sur les salaires que cette situation engendre. Et ce sera un autre élément de divergence entre les Etats-Unis et la zone euro car rien n'indique à ce stade que de telles pressions sur les salaires vont se développer dans cette dernière.