Les automobilistes qui nous font l'honneur de lire ce " Point final " utilisent peut-être un GPS de la marque TomTom. Sans doute ne savent-ils pas que l'action TomTom a chuté de 26 % le 18 septembre dernier. La raison de cette chute ? Elle a eu lieu le jour même où l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi annonçait la signature d'un accord avec Google.

L'accord prévoit d'équiper par défaut les futures voitures connectées de cette alliance avec le système Android. En clair, les conducteurs des futures voitures connectées de ces trois constructeurs auront accès à la navigation routière via Google Maps. Ils pourront écouter de la musique ou regarder de la vidéo grâce aux applications automobiles de Google Play Store. Et ces heureux conducteurs pourront même commander vocalement leur voiture grâce à Google Assistant.

Suite à cette annonce, le directeur financier de TomTom (entreprise néerlandaise) a annoncé que sa société allait probablement perdre des contrats à l'avenir. Normal, si d'autres constructeurs automobiles emboîtent le pas à Renault, l'histoire de TomTom risque de ne plus durer très longtemps. Raison pour laquelle, l'action TomTom a brûlé les mains des investisseurs. Résultat ? Le cours a plongé de 26 % le 18 septembre, et le lendemain, l'action a encore chuté de 6 %.

La crainte des investisseurs est légitime car cet accord avec Google risque d'accélérer la désaffection pour les appareils de navigation. Il suffit de regarder autour de soi : la plupart des conducteurs utilisent soit leur smartphone avec une appli de type Waze ou un système de navigation pré-embarqué dans le tableau de bord de nos voitures. Bref, à l'aune de ces informations, l'avenir de TomTom s'annonce assez sombre.

Reste que certains se posent la question de savoir pourquoi un groupe franco-japonais comme Renault-Nissan-Mitsubishi a donné la préférence à une multinationale américaine comme Google au lieu de donner la préférence à un moteur de recherche français comme Qwant. Même question pour le système de navigation : que ce soit Michelin ou TomTom, des solutions alternatives existent en Europe. Pourquoi les avoir écartées ?

Les Européens se désespèrent de ne pas avoir des champions digitaux mondiaux, mais - ô paradoxe - laissent leur porte grande ouverte aux géants américains de la Silicon Valley. Comprenne qui pourra. Les constructeurs allemands ont fait le pari inverse de Renault : Audi, BMW et Daimler se sont associés pour créer leur propre écosystème digital automobile (Here). Ils ont compris que la voiture de demain reposera sur trois piliers : le design, la motorisation et le logiciel. Pour les Allemands, laisser entrer Google dans l'habitacle de nos voitures, c'est prendre le risque de laisser entrer le loup dans la bergerie. L'entrée dans l'habitacle, c'est la prise de contrôle larvée.

Renault prend le risque de revivre le cauchemar d'IBM lorsque ce mastodonte a laissé le système d'exploitation de Microsoft devenir le "cerveau " de ses ordinateurs.

Autrement dit, Renault prend le risque de revivre le cauchemar d'IBM lorsque ce mastodonte a laissé le système d'exploitation de Microsoft devenir le " cerveau " de ses ordinateurs. L'histoire a démontré que Microsoft a terrassé IBM en quelques années à peine. Personne ne connaît les détails du deal entre Renault et Google. Mais reste à espérer qu'il est équitable et que la marque au losange ne servira pas d'amuse-bouche à Google.