La relance économique se limitera-t-elle à une bataille de chiffres? Les différents gouvernements du pays se sont accordés sur une clé de répartition des 5,9 milliards dévolus à la Belgique dans le cadre du plan de relance européen: 38% pour la Flandre, 25% pour la Wallonie, 21% pour le Fédéral, 8,4% pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, 6,7% pour Bruxelles-Capitale et 0,9% pour la Communauté germanophone.
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La relance économique se limitera-t-elle à une bataille de chiffres? Les différents gouvernements du pays se sont accordés sur une clé de répartition des 5,9 milliards dévolus à la Belgique dans le cadre du plan de relance européen: 38% pour la Flandre, 25% pour la Wallonie, 21% pour le Fédéral, 8,4% pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, 6,7% pour Bruxelles-Capitale et 0,9% pour la Communauté germanophone. Comme toute clé de répartition, elle repose autant sur de subtils arbitrages politiques que sur des critères objectifs. Et ces arbitrages ouvrent évidemment à la critique. Comme souvent en Belgique, le débat médiatico-politique se focalise sur la répartition des moyens (tu gagnes ceci, je perds cela) bien plus que sur le fond ou la qualité des projets. Or, c'est là que se jouera la relance belge. Comme l'a très bien dit le patron des patrons flamands Wouter De Geest dans une interview au Soir, " il ne s'agit pas d'un plan régional ou local mais belge ". " Un projet qui commence dans une Région peut essaimer dans une autre Région ", précise-t-il en prenant l'exemple du développement de la filière " hydrogène ". Elle s'élabore à Anvers (Deme, Fluxys) comme à Liège (John Cockerill) et aura sans doute besoin de l'union des compétences des uns et des autres pour offrir son plein potentiel. Le moment crucial pour le plan de relance belge n'est donc pas cette clé de répartition mais bien l'étape suivante, celle de la sélection des projets concrets. Il y a du pain sur la planche et de nouveaux arbitrages très conséquents en perspective puisque les différentes entités ont déposé des dossiers pour un montant total de 24 milliards d'euros (soit quatre fois l'enveloppe européenne). Les choix doivent être posés au plus tard en avril prochain. La logique institutionnelle voudrait que chacun soit désormais maître de son paquet de millions. La logique économique, en revanche, devrait inviter à la concertation et au droit de regard, afin que les projets soient analysés en fonction de leur complémentarité, de leurs effets d'entraînement sur l'ensemble de l'économie belge et même de la possibilité de faire naître des champions de taille européenne. C'est ici qu'une efficace coordination fédérale prendra toute son importance, bien au-delà de la négociation politicienne sur la répartition des moyens. Ces effets d'entraînement, ce n'est pas que de la théorie. Il y a quelques années, la Sogepa et l'Iweps avaient décortiqué les impacts en cascade d'un investissement sur les fournisseurs, prestataires de services et sous-traitants. Conclusion: 100 euros dépensés en Wallonie en généraient 36 supplémentaires en Flandre et 24 à Bruxelles. Nos espaces politiques et médiatiques se sont peut-être éloignés au fil du temps mais nos tissus économiques, eux, sont restés très imbriqués. L'étude de la Sogepa et de l'Iweps indiquait toutefois que les impacts transrégionaux étaient beaucoup moins importants pour les investissements réalisés en Flandre. Un élément à conserver à l'esprit à l'heure du choix définitif des projets. La coordination s'imposera aussi pour répondre aux lignes directrices européennes. Celles-ci prévoient que 37% des investissements devront concerner les politiques climatiques et 20% la digitalisation de l'économie. Ces proportions sont vérifiées au niveau de l'ensemble de la Belgique. L'Europe tient aussi l'agenda: c'est maintenant qu'il faut sortir de la crise et c'est donc maintenant qu'il faut investir. Les budgets doivent être engagés d'ici 2023 et les investissements réalisés avant la fin 2026. Les autorités n'auront donc pas le temps de s'enliser dans des études qui, trop souvent, ne mènent pas à grand-chose.