Les dirigeants allemands ont l'habitude de durer. Konrad Adenauer a dirigé l'Allemagne de l'Ouest pendant 14 ans, Helmut Kohl pendant 16 ans. Angela Merkel, qui a pris ses fonctions en novembre 2005 et les quittera à l'issue des législatives de l'automne 2021, pourrait bien battre des records.
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Les dirigeants allemands ont l'habitude de durer. Konrad Adenauer a dirigé l'Allemagne de l'Ouest pendant 14 ans, Helmut Kohl pendant 16 ans. Angela Merkel, qui a pris ses fonctions en novembre 2005 et les quittera à l'issue des législatives de l'automne 2021, pourrait bien battre des records. En quatre mandats de chancelière, dont trois à la tête d'une " grande coalition " associant le centre gauche et le centre droit, Angela Merkel a incarné les vertus d'un centrisme compétent et s'est posée en gestionnaire en chef de la crise en Europe. Seulement, ces mêmes qualités ont eu l'effet d'un tranquillisant sur la politique allemande, au point que la perspective d'une Allemagne post-Merkel déconcertera nombre de ses compatriotes. Ce sentiment sera encore accentué par l'issue incertaine des élections. L'Union chrétienne- démocrate (CDU) d'Angela Merkel et son pendant bavarois, l'Union chrétienne-sociale (CSU), ont de bonnes chances de rester aux commandes, comme ça a été le cas pendant 23 des 30 années qui se sont écoulées depuis la réunification. Mais l' "effet Merkel " qui profitait à la CDU-CSU , renforcé par sa gestion pondérée de la crise sanitaire, s'estompera en 2021, quand les Allemands devront s'habituer à la nouvelle direction du parti. Les espoirs d'Angela Merkel d'orchestrer sa propre succession ont fait long feu quand Annegret Kramp-Karrenbauer, sa protégée, a jeté l'éponge début 2020. Chacun des trois hommes qui briguent désormais sa place à la tête du parti espère que sa victoire se traduira par une nomination à la chancellerie. Armin Laschet, ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, propose un centrisme issu du même moule que celui de la chancelière. Friedrich Merz, atlantiste pro- business, promet un conservatisme plus dur. Norbert Röttgen, le troisième candidat, est à la traîne. Reste un outsider, Markus Söder, le charismatique chef de file de la CSU et ministre-président de Bavière. A l'issue du scrutin, un morcellement du Parlement compliquerait la formation d'une coalition. Après huit languissantes années à jouer les doublures de Merkel, les sociaux-démocrates du SPD pourraient goûter l'idée de rebasculer dans l'opposition. Et les Verts, qui participent déjà à des coalitions dans plus de la moitié des 16 Länder allemands, aspirent à des responsabilités nationales. Qu'importe la majorité au pouvoir, le successeur d'Angela Merkel tentera de reprendre son approche pondérée. Mais de nouvelles épreuves l'attendent au tournant. La plus grande erreur de la chancelière est peut-être de n'avoir pas su préparer l'Allemagne aux défis de long terme, comme l'insécurité dans les pays voisins de l'Europe et au-delà, ou les bouleversements auxquels doit faire face sa si précieuse industrie automobile. Les crises qu'elle a eu à gérer ont ébranlé l'Europe sans compromettre la stabilité du pays. Son successeur pourrait ne pas avoir cette chance.