C'est l'une des dernières surprises dans l'interminable feuilleton Publifin. VOO, le câblo-opérateur actif en Wallonie et dans certaines communes bruxelloises, a lié son destin à Providence Equity Partners, un fonds d'investissement basé sur la côte Est des Etats-Unis. Le deal, révélé par nos confères du journal Le Soir, a été signé en mai dernier par le management de Nethys et son CEO Stéphane Moreau, dans le dos de son actionnaire public Enodia, qui représente la Province de Liège et les communes liégeoises.

Nethys, entreprise à capitaux publics censée répondre à l'intercommunale Enodia (ex-Publifin), est engagée dans un processus de liquidation progressive de ses activités diverses et variées. En 2017, poussé dans le dos par le scandale des comités de secteur de l'intercommunale Publifin (où des mandataires locaux étaient payés pour des réunions fictives), le Parlement wallon avait enjoint Nethys de procéder à ce démantèlement. C'est ce qui conduit aujourd'hui le groupe à se séparer de sa filiale active dans le secteur des télécoms, qui comprend le câblo-opérateur VOO et la chaîne de télévision payante BeTV.

Le discret processus de vente ayant été éventé, Nethys a confirmé que l'acheteur pressenti était le fonds Providence Equity Partners. Cette structure américaine créée dans les années 1980 prend et vend des participations dans des entreprises basées aux Etats-Unis et en Europe. Qualifié en 2015 par le New York Times de " firme qui a grandi trop vite ", ce fonds a multiplié les investissements au moment de la crise financière de 2007, enregistrant une série de cuisants échecs financiers, culminant avec une perte record de 800 millions de dollars pour une prise de participation dans la société Altegrity, mise en faillite après des accusations de fraude. Depuis lors, Providence s'est recentré sur les secteurs qui ont fait son succès : les médias et les télécoms.

Providence Equity Partners n'est pas là pour faire de la figuration.

Un " disrupteur "

" C'est un fonds de private equity assez agressif, habitué au cost-cutting et qui devrait faire infléchir la politique commerciale de VOO ", souligne David Vagman, analyste chez ING. " C'est un joueur que l'on peut qualifier de disrupteur, ajoute Stefaan Genoe, analyste télécoms chez Degroof Petercam. Il veut changer les choses dans les entreprises qui font partie de son portefeuille. Providence pourrait bousculer le secteur des télécommunications en Wallonie, comme il l'a fait en Espagne où il est actionnaire de Mass Movil, un challenger qui a rapidement gagné des parts de marché. "

Providence Equity Partners n'est donc pas là pour faire de la figuration. Le fonds, qui envisage de prendre le contrôle de 51% des parts dans VOO, devrait rapidement nommer des membres actifs au conseil d'administration et dans le management de l'entreprise, estime Stefaan Genoe. Le but : développer le business du câblo, avant de le céder à un bon prix. " L'objectif de Providence est de faire croître l'activité, de créer de la valeur avant de revendre avec un multiple plus élevé qu'au moment de l'achat ", détaille l'analyste.

Le montant de la transaction n'a pas été dévoilé. Interrogé par L'Echo, le président du conseil d'administration de Nethys Pierre Meyers assure que l'offre de Providence est " 20% supérieure à celle des autres candidats ". Sachant que le patron de Telenet John Porter était prêt à mettre jusqu'à 1,3 milliard d'euros sur la table pour acquérir son alter ego wallon, on parlerait d'un montant supérieur à 1,5 milliard. A cette somme, il faut ajouter une " petite " rallonge (entre 250 et 300 millions d'euros selon les estimations) pour l'intercommunale Brutélé, qui gère les activités bruxelloises de VOO. Problème : Brutélé doit d'abord être rachetée par Enodia (les discussions politiques sont en cours), faute de quoi Providence profiterait d'une décote sur le prix d'achat de VOO... voire laisserait carrément tomber l'opération.