La colère change rapidement de camp dans le conflit qui oppose les chauffeurs de taxi et ceux d'Uber depuis sept ans à Bruxelles. Jusqu'en début de semaine, ce n'étaient plus les premiers qui rageaient mais les seconds. La cour d'appel de Bruxelles a, en effet, confirmé la semaine passée que l'application américaine violait la loi sur le transport rémunéré de personnes à Bruxelles. En cause? Uber roule sous le régime de la "location de véhicule avec chauffeur", parfois dit "de limousine". Dans ce statut différent de celui des taxis, les chauffeurs ne peuvent prendre de client à la volée et doivent disposer d'un contrat de minimum...

La colère change rapidement de camp dans le conflit qui oppose les chauffeurs de taxi et ceux d'Uber depuis sept ans à Bruxelles. Jusqu'en début de semaine, ce n'étaient plus les premiers qui rageaient mais les seconds. La cour d'appel de Bruxelles a, en effet, confirmé la semaine passée que l'application américaine violait la loi sur le transport rémunéré de personnes à Bruxelles. En cause? Uber roule sous le régime de la "location de véhicule avec chauffeur", parfois dit "de limousine". Dans ce statut différent de celui des taxis, les chauffeurs ne peuvent prendre de client à la volée et doivent disposer d'un contrat de minimum 120 euros ou trois heures de prestation. D'après la justice saisie par les Taxis Verts voici quelques années, le système Uber violerait donc cette législation, qualifiée d'archaïque par les "pro-Uber". Résultat: la cour interdit à Uber de rouler à Bruxelles, mettant un terme à l'activité du géant américain dans notre capitale. Si, par le passé, la carte de l'innovation avait été mise en avant par les défenseurs d'Uber, cette fois, c'est celle de l'emploi qui a été brandie: selon Uber, la décision priverait 2.000 chauffeurs Uber de revenus... Inutile de dire que le landerneau politique bruxellois s'est trouvé dans une situation bien compliquée alors que, depuis sept ans, il repousse le dossier et ne parvient pas à se mettre d'accord sur un "Plan taxi". Initié par le ministre de la Mobilité de l'époque, Pascal Smet, celui-ci est censé encadrer une éventuelle coexistence des deux systèmes avec des jobs de part et d'autre à la clé. Mais une proposition d'ordonnance temporaire vient d'être dévoilée par les partis de la majorité bruxelloise. Un texte qui doit permettre aux chauffeurs Uber d'opérer le temps qu'une véritable ordonnance définitive soit votée. Une solution qui ne plaît évidemment pas aux taxis qui ont pris la place des chauffeurs Uber sur les routes pour manifester leur désapprobation. Par ailleurs, ces derniers insistent sur la pénurie de chauffeurs de taxi: "Plusieurs centaines de places peuvent être créées car on manque de chauffeurs, affirment les représentants du secteur. Des tas de taxis ne sont pas en activité pour l'instant". Il faut dire que le milieu n'a pas cessé de souffrir, décourageant pas mal de chauffeurs: la concurrence d'Uber suivie par la crise sanitaire faisant considérablement baisser la demande. Encore aujourd'hui, certains évoquent une chute de 40% de l'activité. Et l'inaction politique n'arrangerait rien. "Il est temps de lever le flou qui demeure, nous glisse Jean-Michel Courtoy, CEO de Taxis Verts. Nous restons demandeurs d'une nouvelle législation. Mais pas d'un texte taillé sur mesure pour Uber. Nous demandons une législation cohérente qui soit basée sur le principe d'une concurrence loyale, avec les mêmes règles pour tous." Effet positif pour les taxis: l'interdiction d'Uber aurait permis à Taxis Verts de mettre son application mobile en lumière et d'enregistrer "des milliers" de téléchargements en plus. De quoi tenter de démontrer qu'Uber n'a pas le monopole de l'innovation numérique.