L'un des mérites de Soviet Design Red Wealth est de sortir d'emblée l'ex-Union Soviétique d'une image exclusivement rigoriste et répressive. Même si le design, comme d'autres marchandises matérielles ou intellectuelles, doit obligatoirement recevoir le feu vert de l'Etat soviétique, l'expo bruxelloise montre une diversité créative que l'on ne soupçonne pas forcément, en s'éloignant du réalisme sociali...

L'un des mérites de Soviet Design Red Wealth est de sortir d'emblée l'ex-Union Soviétique d'une image exclusivement rigoriste et répressive. Même si le design, comme d'autres marchandises matérielles ou intellectuelles, doit obligatoirement recevoir le feu vert de l'Etat soviétique, l'expo bruxelloise montre une diversité créative que l'on ne soupçonne pas forcément, en s'éloignant du réalisme socialiste qui, entre les deux Guerres mondiales, place les représentations picturales des travailleurs de l'URSS dans des postures obligatoirement héroïques. S'il reste quelques traces de ces allégories pesantes dans l'expo, elles s'arrêtent au graphisme de certaines affiches. Pour le reste, il s'agit d'une production qui connaît un essor avec la création en 1962 du VNIITE, l'Institut soviétique de recherche en esthétique technique. Celui-ci va adapter les normes du design occidental commercial à l'idéologie socialiste pour des résultats qui tiennent parfois bien plus d'une forme de surréalisme que du pur marxisme. Ainsi, la forme revolver adaptée par l'appareil Photosniper FS-3, qui incarne la tendance des " pistolets photographiques ", ou cet aspirateur des années 1960 baptisé Saturne, évidemment inspiré de la conquête spatiale et qui rend hommage au lancement du Spoutnik en 1957 et à Gagarine, premier humain à voyager dans l'espace, quatre ans plus tard. L'histoire et le nationalisme font ici ménage avec les conditions économiques parfois spartiates, comme ce mobilier post-moderne tout en carton, ou l'emballage peu glamour d'un parfum pour femmes. La zone réservée au matériel audio, est l'une des plus intéressantes, découvrant des modèles de guitares fantaisistes (la double manche Krunk), ou cette extraordinaire radio entre meuble Art déco et juke-box. Toutes ces qualités visuelles ont été rassemblées en vue des J.O. de Moscou en 1980, même si sur ce coup, la torche olympique, vue de près, semble un rien en toc.