Ouvert depuis quelques mois place Saint-Boniface à Ixelles, Savage est un petit bistrot bien dans son temps qui fait déjà parler de lui. Les marqueurs du succès sont respectés: une déco chiadée de diner tendance (notamment ce grand tableau qui énumère les propositions du jour façon Scrabble) et une cuisine plutôt branchée végétale.
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Ouvert depuis quelques mois place Saint-Boniface à Ixelles, Savage est un petit bistrot bien dans son temps qui fait déjà parler de lui. Les marqueurs du succès sont respectés: une déco chiadée de diner tendance (notamment ce grand tableau qui énumère les propositions du jour façon Scrabble) et une cuisine plutôt branchée végétale. Confiée au jeune Néerlandais Joël Rammelsberg, en provenance du San de Gand, la cuisine joue la carte du flexitarisme et met en avant des artisans locaux (les bières bruxelloises, les vins de chez Titulus, les légumes de la Ferme des 1.000 couleurs...). Le soir, Savage propose un menu unique (36 euros) composé de quatre petites dégustations végétariennes, à agrémenter d'une série de propositions protéinées pour celles et ceux qui ne peuvent pas s'en passer. Mais disons-le d'emblée, le concept développé au Savage est bancal. Le menu en soi tient la route, avec ses petites assiettes soignées. Il y a quelques semaines, le chef associait par exemple betterave et fraises dans un joli petit bol de saison plein de peps. On sent que le jeune chef a été formé à l'école San Degeimbre. Son stoemp de pommes de terre et chou-rave au foin est ainsi proposé avec un excellent jus lacto-fermenté à l'ail des ours monté au beurre. Rien à redire, c'est bon! OK, le dessert, une soi-disant panna cotta au thé blanc présentée avec un granité au sureau, pèche au niveau des saveurs, et surtout de la texture, mais dans l'ensemble, c'est plutôt sympa. Le problème, c'est que ne comportant ni protéines ni céréales, le menu ne nourrit pas son homme, et sans doute guère plus son Instagrammeur.euse végé... Il faut donc jouer le jeu des petites assiettes complémentaires. Et là, ça ne fonctionne plus du tout. Non seulement, ce soir-là, rien de ce qu'on a goûté n'était convaincant - rendang indonésien à 10 euros trop acide, secreto iberico grillé à 9 euros trop gras et trop sucré - mais, surtout, ce ne sont pas des plats: juste de la viande ou du poisson pur sans aucun accompagnement et qui jure avec le raffinement du menu. Pour plus de cohérence, il aurait fallu soit ne proposer que des petites assiettes à partager, végé ou non, soit imaginer pour chaque plat du menu une alternative non végétarienne, afin de rester dans l'esprit du resto. Un concept à revoir...