A l'arrivée au Musée de la photographie à Mont-sur-Marchienne, la façade avant de l'ancien carmel, affiche en très grand une photo de femme corpulente de dos. Dénudée. L'image est probablement la moins "offensante" de l'exposition Le grand atelier de Joel-Peter Witkin (1939). En tout cas, du type à ne pas (trop) provoquer de réactions négatives des passants, ce qui est arrivé en 2006 au même endroit, lorsqu'une photo d'Araki occupant la ...

A l'arrivée au Musée de la photographie à Mont-sur-Marchienne, la façade avant de l'ancien carmel, affiche en très grand une photo de femme corpulente de dos. Dénudée. L'image est probablement la moins "offensante" de l'exposition Le grand atelier de Joel-Peter Witkin (1939). En tout cas, du type à ne pas (trop) provoquer de réactions négatives des passants, ce qui est arrivé en 2006 au même endroit, lorsqu'une photo d'Araki occupant la même position extérieure, fut endommagée par des cocktails Molotov. Là aussi, il était question de nudité, mais dans un autre style que celui de Witkin. Dans les images de ce dernier, soigneusement mises en scène, le noir et blanc érotise les corps dans des poses volontiers morbides et dérangeantes. Les frontières de la sexualité sont floues (une partie des modèles est transgenre). La mort, avec ses cadavres démembrés, et les allusions religieuses foisonnent. On n'en sort pas indemne. Malgré l'évident talent théâtral de Witkin, le sentiment de trop-plein, voire de nausée, face à cette centaine d'oeuvres n'est pas exclu. A 180° de l'esthétique de ce travail, celui d'une autre Américaine, la New-Yorkaise Debi Cornwall: sous des conditions de contrôle drastique, elle a obtenu la rare permission d'effectuer entre mars 2014 et janvier 2015 trois séjours à la base militaire de Guantanamo, tristement célèbre centre de détention américain sur le sol de Cuba. Les instructions sont strictes: pas de visage de personnel militaire, ni de dispositifs de surveillance, escorte obligatoire, obligation de développer les images chaque jour, contrôle des négatifs, la photographe ayant choisi de travailler en argentique. Derrière la luminosité colorée des Caraïbes, on regarde les cellules étroites et déshumanisées au possible, le minimum vital de dignité accordé aux prisonniers, l'ensoleillement étouffant... Avec en face B de ce monde sans pitié, des images des lieux de vie et de loisirs des militaires US et de leurs familles: piscine, plage, jeux. De quoi se questionner sur le sens de cette lutte antiterroriste bien au-delà du droit international.