A l'occasion de l'Amundi World Investment Forum organisé à la fin du mois de juin, nous avons eu l'occasion de rencontrer les spécialistes de l'allocation d'actifs du gestionnaire français (lire l'encadré " Amundi en Bourse "), et notamment le CIO du groupe Pascal Blanqué ainsi que Vincent Mortier, deputy CIO. S'ils restent assez confiants dans les perspectives des marchés financiers pour le reste de l'année, ils soulignent toutefois une montée des risques, notamment au niveau américain.
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A l'occasion de l'Amundi World Investment Forum organisé à la fin du mois de juin, nous avons eu l'occasion de rencontrer les spécialistes de l'allocation d'actifs du gestionnaire français (lire l'encadré " Amundi en Bourse "), et notamment le CIO du groupe Pascal Blanqué ainsi que Vincent Mortier, deputy CIO. S'ils restent assez confiants dans les perspectives des marchés financiers pour le reste de l'année, ils soulignent toutefois une montée des risques, notamment au niveau américain. " Les marchés américains n'ont actuellement pas beaucoup de marge d'erreur, souligne Pascal Blanqué. Les économies occidentales ne se sont pas désendettées et les risques restent bien présents même si les banques sont moins fragiles. Et l'élection de Donald Trump n'a pas changé les fondamentaux démographiques qui continuent de pointer vers une baisse du potentiel de croissance. Il est erroné de croire que les politiques d'assouplissement quantitatif sont les seules responsables de la baisse des taux d'intérêt. " L'homme souligne également que la volatilité est actuellement anormalement basse sur les marchés financiers, et que " les marchés agissent comme si toutes les inconnues étaient connues. Or, les phases d'expansion boursière, en particulier celles qui durent depuis aussi longtemps, ne meurent pas de vieillesse. J'ai tendance aussi à penser que les promesses insensées de Donald Trump ne seront pas tenues, mais que celles qui ont du sens seront mises en application sous une forme ou l'autre ". Le risque est donc de voir le cycle américain arriver à son terme durant les prochains trimestres, un processus dans lequel la Réserve fédérale risque d'être impliquée si les salaires commencent à augmenter trop rapidement. " A long terme, d'ici cinq à 10 ans, nous n'excluons pas un scénario de stagflation (stagnation économique accompagné d'inflation, Ndlr) avec un relèvement des taux d'intérêt, un contexte qui serait très défavorable à l'ensemble des classes d'actifs traditionnelles ", estime encore Pascal Blanqué. Pour les marchés, l'impact d'un ralentissement aux Etats-Unis durant les prochains mois ne sera pas sans conséquence pour les autres marchés. " L'histoire nous a montré que les marchés (européens ou émergents) ont toujours été impactés de manière plus ou moins importante lorsque l'économie américaine souffre, souligne encore Pascal Blanqué. Mais il est tout aussi certain que la Banque centrale européenne ne restera pas inactive face à un impact important en provenance des Etats-Unis. " Dans ce contexte, Pascal Blanqué estime également que la politique monétaire dans les pays occidentaux restera marquée par les années qui ont suivi la crise de 2008. " Je ne pense pas que nous aurons une vraie normalisation des politiques monétaires. L'ADN des banques centrales a été modifié par cette crise et l'arme de l'assouplissement quantitatif sera désormais utilisée dès que les économies entreront à nouveau en récession. " Dans ce contexte, la recherche de rendement va se poursuivre vers des classes d'actifs comme l'immobilier, l'infrastructure ou la dette privée. La faiblesse des taux va également entraîner une hausse de l'allocation des investisseurs vers les actions et les classes d'actifs plus risquées, avec des valorisations qui seront susceptibles d'encore progresser. Et d'estimer que sur un portefeuille exposé à 50/50 sur les actions et les obligations, la performance future devrait tourner autour de 4,5 %, " soit nettement en dessous des niveaux réalisés durant la dernière décennie ". Dans le même temps, il y a un potentiel de redressement sur base des fondamentaux pour les marchés européens, pour le Japon et pour les pays émergents. Pour Vincent Mortier, les actions européennes présentent actuellement plus d'intérêt que les actions américaines, avec une préférence pour les valeurs financières. " Les marchés émergents restent également un segment sur lequel nous avons un positionnement stratégique de long terme, tant sur les actions que sur les obligations. Les perspectives économiques de ces pays sont meilleures et l'endettement public est davantage sous contrôle. " Il indique de même que le ralentissement du commerce international a également pour conséquence un renforcement de la composante domestique dans les chiffres de l'activité économique au niveau global. " Ceci se traduit par un positionnement sur les marchés émergents qui vise davantage les petites et moyennes capitalisations exposées sur la croissance de la consommation. " Au niveau des stratégies à mettre en place dans un environnement de croissance faible, Pascal Blanqué estime aussi qu'il faut apporter une attention particulière aux modèles disruptifs qui entraînent des changements permanents dans l'économie, notamment dans les domaines de la recherche thérapeutique, de la production d'énergie ou dans la technologie (big data). " Dans le même temps, il convient de diminuer son exposition sur les secteurs qui seront les grands perdants de cette transition technologique. " Pascal Blanqué estime également que les approches multi-actifs et smart beta continueront à prendre de l'importance chez les investisseurs, afin de maintenir un bon équilibre dans le positionnement des portefeuilles. Enfin, Vincent Mortier souligne que la liquidité du marché risque toujours de disparaître si les marchés redeviennent volatils. " Il convient d'éviter les classes d'actifs qui sont déjà très recherchées, et sur lesquelles les investisseurs ont tendance à oublier le risque qu'ils prennent. Et il faut privilégier les segments sur lesquels vous êtes encore bien rémunéré pour le risque que vous prenez. " Frédéric Dineur"Je ne pense pas que nous aurons une vraie normalisation des politiques monétaires. L'ADN des banques centrales a été modifié par cette crise." - Pascal Blanqué, CIO d'Amundi "Il convient d'éviter les classes d'actifs qui sont déjà très recherchées, et sur lesquelles les investisseurs ont tendance à oublier le risque qu'ils prennent." - Vincent Mortier, deputy CIO d'Amundi