Un nouveau record a été battu sur les marchés obligataires européens la semaine dernière. Le 14 février, une entreprise d'un pays émergent est parvenue à recueillir 4,25 millions d'euros auprès d'investisseurs européens. C'est le montant le plus élevé jamais obtenu en une seule fois par une entreprise des pays émergents. De manière assez ironique, l'entreprise en question provient d'un des pays qui ont le plus à perdre en cas d'instauration de mesures protectionnistes par le président américain Donald Trump : le Mexique.
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Un nouveau record a été battu sur les marchés obligataires européens la semaine dernière. Le 14 février, une entreprise d'un pays émergent est parvenue à recueillir 4,25 millions d'euros auprès d'investisseurs européens. C'est le montant le plus élevé jamais obtenu en une seule fois par une entreprise des pays émergents. De manière assez ironique, l'entreprise en question provient d'un des pays qui ont le plus à perdre en cas d'instauration de mesures protectionnistes par le président américain Donald Trump : le Mexique. L'appétit des investisseurs pour les obligations risquées s'avère tout aussi insatiable. La demande d'obligations de Petróleos Mexicanos (Pemex), une compagnie pétrolière désormais entre les mains de l'État mexicain, était plus de quatre fois supérieure à l'offre. Les rendements finaux des trois obligations Pemex sont ainsi retombés à 2,512 % à 4 ans (2021), 3,839 % à 7 ans (2024) et 4,979 % à 11 ans (2028). L'investissement minimal s'élevait chaque fois à 100.000 euros. Cet intérêt des investisseurs pour les obligations Pemex montre qu'ils sont toujours aussi désespérément en quête de rendement à présent que la Banque centrale européenne a bétonné ses taux à 0 %. Au risque d'ignorer... le risque. Confrontée à la faiblesse des prix pétroliers, à une baisse constante de la production et à la perte de sa position monopolistique au Mexique en 2014, Pemex s'est par exemple retrouvée en grande difficulté cette année. Seule l'intervention de l'État mexicain lui a permis de garder la tête hors de l'eau. Le récent redressement des prix du pétrole a quelque peu allégé la pression, mais Pemex reste très endettée. Le refinancement de sa montagne de dettes à des conditions relativement favorables n'est possible que grâce à la garantie implicite de l'État mexicain. L'émission record de Pemex illustre en outre la tendance récente des entreprises des pays émergents à venir se financer à des conditions intéressantes en Europe. Selon le fournisseur de données Dealogic, 121 obligations en euro ont été émises par des émetteurs provenant de pays émergents l'an dernier - il n'y en avait jamais eu autant depuis l'adoption de la monnaie unique en 1999. Le marché obligataire en euro a amorcé un mouvement de rattrapage sur le marché en dollar (beaucoup plus important). Pour les investisseurs européens, il y a peu de raisons de se réjouir. Si les entreprises des pays émergents viennent se financer en Europe, c'est essentiellement du fait du coût croissant de la dette en dollar. Non seulement le billet vert enchérit, mais les taux des obligations en dollar sont également en hausse - on attend au moins trois relèvements des taux aux États-Unis cette année. Il revient dès lors plus cher aux entreprises des pays émergents de refinancer leurs dettes en dollar. Et ces coûts devraient encore augmenter à mesure que les investisseurs occidentaux privilégieront les obligations américaines et retireront leur argent des pays émergents. Ces derniers restent en effet très dépendants des capitaux étrangers. Depuis 2016, les pays émergents ont pleinement profité des conditions très intéressantes sur les dettes créées par la politique de taux zéro des banques centrales occidentales. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), l'encours de la dette des entreprises non financières des pays émergents a bondi de 60 % du produit intérieur brut en 2006 à 110 % fin 2015. Plus d'un tiers des 9700 milliards de dollars de la dette en dollar qui circule hors des États-Unis provient des pays émergents. La dette en dollar est notamment en forte hausse en Chine, en Turquie et au Brésil. Selon la BRI, 10 % des dettes des entreprises des pays émergents arriveront à échéance cette année. Cela signifie que 120 milliards de dollars de dettes devront être refinancées d'une manière ou d'une autre en 2017. Et 220 milliards de dollars viendront s'y ajouter l'an prochain. Le Fonds monétaire international (FMI) estimait dans son dernier Rapport sur la stabilité financière dans le monde que les dettes des entreprises à risque ont augmenté à 430 milliards de dollars dans les pays émergents, soit 11 % des dettes des entreprises. Une nouvelle dégradation de la conjoncture dans ces régions - par exemple en raison d'une guerre commerciale avec les États-Unis - inciterait les investisseurs occidentaux à en retirer leurs deniers. Ne cédez pas à la tentation des rendements relativement élevés que proposent les entreprises des pays émergents sur leurs obligations en euro et en dollar. Ce rendement plus élevé est généralement insuffisant pour couvrir le risque supérieur. Même une bonne note de solvabilité n'offre pas une garantie de remboursement (intégral). Une détérioration du climat économique peut les dégrader rapidement (rappelez-vous le Brésil). Si vous voulez quand même souscrire à ce type d'émission, une bonne diversification est indispensable. Limitez-en le poids à 1 ou 2 % de votre portefeuille de placements. SI LES ENTREPRISES DES PAYS ÉMERGENTS VIENNENT SE FINANCER EN EUROPE, C'EST ESSENTIELLEMENT EN RAISON DU COÛT CROISSANT DE LA DETTE EN DOLLAR.