Cela fait 25 ans que Vincent Gardinal affiche fièrement son étoile Michelin dans son restaurant perdu au milieu de nulle part dans la botte du Hainaut. Nous n'avions jamais poussé sa porte, mais après un repas en tous points remarquable sur la terrasse un dimanche midi de septembre, nous regrettons amèrement de ne pas être venu plus tôt. Dans son ancien prieuré du 18e siècle dont il deviendra, sauf catastrophe, propriétaire sous peu, Vincent Gardinal a érigé la bienveillance et la convivialité en vertus cardinales. On se sent comme chez soi...

Cela fait 25 ans que Vincent Gardinal affiche fièrement son étoile Michelin dans son restaurant perdu au milieu de nulle part dans la botte du Hainaut. Nous n'avions jamais poussé sa porte, mais après un repas en tous points remarquable sur la terrasse un dimanche midi de septembre, nous regrettons amèrement de ne pas être venu plus tôt. Dans son ancien prieuré du 18e siècle dont il deviendra, sauf catastrophe, propriétaire sous peu, Vincent Gardinal a érigé la bienveillance et la convivialité en vertus cardinales. On se sent comme chez soi. Le personnel est aux petits soins sans le moindre soupçon d'obséquiosité. A l'intérieur, le décor est élégant et classieux mais sans ostentation. Au bon temps, la petite terrasse tout en fleurs et plantes aromatiques permet de profiter du charme bucolique de Solre-Saint-Géry, un minuscule village proche de Beaumont. Et si cela vous paraît être le bout du monde, le Prieuré Saint-Géry dispose de six chambres (99 euros la chambre double, des formules avec repas gastronomique sont disponibles) au décor tout aussi élégant. Le restaurant est indéniablement l'étoilé wallon au meilleur rapport qualité-prix. Vincent Gardinal ne propose qu'un seul menu qu'on peut décliner en trois, quatre ou cinq services avec des vins adaptés. Ils sont facturés 55, 75 et 90 euros (24, 36 et 48 euros pour le forfait vins). Déjà les mises en bouche donnent le la avec, entre autres, une épatante raviole du Royans (une spécialité du Dauphiné à base de comté), bisque et chou-fleur. Les quatre services qui vont suivre seront du même acabit. De la fraîcheur avec le homard poché, tomates à l'ancienne, oeufs mimosas, anguille fumée et caviar de saumon. Un avant-goût d'automne avec la barbue sur son lit de risotto de fregola sarda, poêlée de girolles et crémeux de brucciu, un fromage corse. De l'élégance avec le coquelet en deux services (poitrine et cuisse en cromesquis avec chapelure d'herbes) avec haricots beurres et truffe d'été. Une assiette visuellement aboutie que le chef complétera avec un sabayon échalotes-vin rouge-basilic à s'en lécher les doigts. De la légèreté avec un dessert qui associe meringue, citron vert et cassis. Quatre services sans faute, créatifs et gustativement équilibrés. Après un quart de siècle, Vincent Gardinal, suivi comme son ombre sur la terrasse par ses deux bouledogues en toute fin de service, en a encore sous la pédale. Cette première visite ne sera pas la dernière...