Pour la troisième fois en six mois, la Banque centrale américaine (Réserve fédérale ou Fed) a relevé son taux à court terme de 0,25 point de pourcentage pour le porter à une fourchette de 1 à 1,25 %. Elle a également précisé envisager de procéder encore à un relèvement de taux cette année (à nouveau de 0,25 point de pourcentage) - très probablement en septembre. L'institution ambitionne un taux à court terme à 2,9 % d'ici fin 2019.
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Pour la troisième fois en six mois, la Banque centrale américaine (Réserve fédérale ou Fed) a relevé son taux à court terme de 0,25 point de pourcentage pour le porter à une fourchette de 1 à 1,25 %. Elle a également précisé envisager de procéder encore à un relèvement de taux cette année (à nouveau de 0,25 point de pourcentage) - très probablement en septembre. L'institution ambitionne un taux à court terme à 2,9 % d'ici fin 2019. Jusqu'à présent, l'économie américaine et les marchés financiers ont bien digéré les relèvements de taux. La croissance économique se poursuit à un rythme lent (2 %), mais en mai dernier, le chômage est retombé à son plus bas niveau depuis 16 ans (4,3 %). L'inflation, en revanche, n'aide pas la Fed. La Banque table sur une inflation de 2 % à moyen terme. Mais en mai, l'inflation de base - qui ne tient pas compte des prix plus volatils de l'énergie et des denrées alimentaires - a baissé pour le quatrième mois d'affilée aux États-Unis (1,7 %). La Fed impute ce recul à des facteurs temporaires. Naturellement, avec une inflation en repli, il lui est plus difficile (mais donc pas impossible) de défendre de nouveaux relèvements des taux. Les investisseurs craignent que la Fed soit en train de commettre une erreur stratégique. Le risque est en effet réel que la Banque étouffe la croissance économique en relevant son taux directeur. Les craintes des investisseurs se sont manifestées dans la stabilité des taux à long terme après le dernier relèvement des taux. Le différentiel de taux entre les obligations publiques américaines à deux ans et à trente ans est ainsi retombé à son plus bas niveau depuis neuf ans. On l'a compris, les investisseurs n'adhèrent pas au discours optimiste de la Fed. L'énorme portefeuille d'obligations publiques américaines à long terme et de titres adossés à des crédits hypothécaires que détient toujours la Fed a bien entendu lui aussi contribué à la faiblesse ou l'absence de réaction du taux à long terme. Ce portefeuille est un héritage des programmes d'assouplissement quantitatif (ou QE, pour " Quantitative Easing ") successifs qui ont permis à la Fed de peser sur le taux à long terme. L'impact de la constitution de ce portefeuille de 4. 500 milliards de dollars sur les marchés d'actions et d'obligations justifie la grande prudence dont fait preuve la Fed dans son démantèlement. Depuis la fin des programmes QE, la Fed s'est contentée de réinvestir tous les montants arrivés à échéance, maintenant ainsi le portefeuille au niveau actuel. Pour la première fois, la Fed a cependant donné des détails sur la réduction du bilan. Et elle se montrera particulièrement prudente : l'institution compte se mettre à la tâche cette année encore, à un rythme qui ne dépassera pas 10 milliards de dollars d'actifs par mois au cours des trois premiers mois. Ensuite, 10 milliards de dollars s'y ajouteront tous les trois mois, pour atteindre un maximum de 50 milliards par mois. De la sorte, il faudra huit ans à la Fed pour céder ses actifs - si elle le fait, car elle peut tout aussi bien ralentir ou inverser le processus. L'effet de ces mesures sur le taux et le marché obligataire restera dès lors limité. Les obligations publiques américaines restent en effet très prisées, notamment dans les pays émergents. Lesquels devraient lentement mais sûrement combler le trou laissé par la Fed et donc mettre un frein à la hausse des taux à long terme aux États-Unis. Car si les économies des pays émergents ont beaucoup gagné en maturité, leurs marchés financiers n'ont pas toujours suivi. Ces pays manquent d'un véritable refuge pour les investisseurs en période d'incertitude. Malgré les relèvements de taux, le dollar américain est en baisse : au cours des six derniers mois, la monnaie a perdu 7 % de sa valeur par rapport à l'euro. La monnaie unique a certes profité de l'amélioration de la conjoncture tant politique (avec l'issue favorable des élections présidentielles françaises) qu'économique (avec une croissance supérieure aux prévisions) dans la zone euro. La politique impulsive et incohérente du président Trump n'a pas non plus favorisé la confiance des investisseurs en dollar. Le repli du dollar pourrait ouvrir une fenêtre d'entrée intéressante. Un investissement en obligations en dollar américain apportera un surcroît de rendement à votre portefeuille obligataire. Préférez cependant les obligations de qualité (BBB ou plus) assorties d'une échéance maximale de cinq ans. Les obligations à plus longue échéance n'offrent pas un surplus de rendement suffisant pour compenser le risque accru. De plus, vous pourrez ainsi réagir plus rapidement aux relèvements de taux attendus. Les obligations en dollar américain offrent un surcroît de rendement.