Devant l'entrée principale de la gare liégeoise des Guillemins - côté ville - trône un portrait d'environ trois mètres de haut du sujet de l'expo qui y courra jusque début 2022: Napoléon Bonaparte. Mais là, dans la structure géante et mégalo de l'architecte Calatrava, le plus célèbre fils de Corse (1769-1821) paraît quelque peu perdu et banalisé. Ce qu'il n'aurait pas aimé. Parce que s'il y a une leçon à re...

Devant l'entrée principale de la gare liégeoise des Guillemins - côté ville - trône un portrait d'environ trois mètres de haut du sujet de l'expo qui y courra jusque début 2022: Napoléon Bonaparte. Mais là, dans la structure géante et mégalo de l'architecte Calatrava, le plus célèbre fils de Corse (1769-1821) paraît quelque peu perdu et banalisé. Ce qu'il n'aurait pas aimé. Parce que s'il y a une leçon à retenir de cette riche présentation aux Guillemins, sur 3.000 m2, c'est que Napoléon a avancé dans l'Histoire. Parfaitement conscient qu'il fallait façonner, au fur et à mesure, son propre mythe. Pari gagné puisque 200 ans après sa mort à Sainte-Hélène, île perdue de l'Atlantique sud où il a fini prisonnier des Anglais, l'empereur fait le plein de visiteurs dans ce qui s'annonce déjà comme l'un des gros succès publics de 2021. La grammaire de l'expo fonctionne au mieux avec les portraits et objets d'époque (tableaux, bustes, armes, cartes) y compris lorsqu'ils sont accompagnés de scènes de reconstitution. On pense moins aux "mannequins" supposés représenter Napoléon - pas toujours réussis - qu'au segment du parcours reflétant les batailles de Waterloo et d'ailleurs. Une horreur totale, évidemment, boucherie à grande échelle et frisson garanti lorsqu'on s'attarde sur les instruments chirurgicaux utilisés sans anesthésie pour tenter de sauver les blessés. Les enfants, nombreux à visiter en famille, semblent apprécier cette sorte de jeu vidéo grandeur nature, cruel certes mais haut en couleurs (...). Entre la noblesse exacerbée des uniformes - les couvre-chefs richement décorés des officiers et de Bonaparte - et la misère ordinaire de cette conquête impériale, se dresse aussi la question du sens du pouvoir. Napoléon est d'abord victime d'un de ses dictons: "la froideur est la plus grande qualité d'un homme destiné à commander". Et puis, ah oui, un bon point pour la fausse large tache de sang sur le sol devant une vitrine renfermant un fer de guillotine. On a failli y déraper.