Nous avions rendez-vous chez Pinart, le bar à vin que Marie Doutrepont a ouvert l'automne dernier à Liège avec son compagnon Gabriel Caridi. Leur premier projet commun et le dernier challenge en date. Ce jour-là, l'entrepreneuse porte un manteau de fausse fourrure blanc cassé. Aux pieds, des baskets féminines pour arpenter l'herbe et le bitume. Une tenue chic et confortable pour une personnalité dynamique et affairée. Car la Liégeoise a un agenda chargé. C'est que la septième édition des Hivernales de la Danse se prépare et que, seule à la manoeuvre de ce gala international, Marie Doutrepont s'affaire.
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Nous avions rendez-vous chez Pinart, le bar à vin que Marie Doutrepont a ouvert l'automne dernier à Liège avec son compagnon Gabriel Caridi. Leur premier projet commun et le dernier challenge en date. Ce jour-là, l'entrepreneuse porte un manteau de fausse fourrure blanc cassé. Aux pieds, des baskets féminines pour arpenter l'herbe et le bitume. Une tenue chic et confortable pour une personnalité dynamique et affairée. Car la Liégeoise a un agenda chargé. C'est que la septième édition des Hivernales de la Danse se prépare et que, seule à la manoeuvre de ce gala international, Marie Doutrepont s'affaire. La danse, c'est sa vie. Du moins en partie. " Adolescente, j'entendais déjà parler de cette danseuse qui brillait dans tous les concours ", confie Nejma Ben Brahim, la présentatrice des Hivernales, à propos de Marie. Ce talent, la Liégeoise l'a travaillé de longues années durant. Après une formation sport-études à l'Académie Grétry à Liège, elle est admise au Ballet royal de Flandre, la seule compagnie de ballet classique en Belgique qui a été fondée en 1969 à Anvers. La Liégeoise pose ensuite ses chaussons au Ballet du Capitole de Toulouse, puis au Royal Ballet de Londres pour cinq saisons avant de revenir dans la ville du diamant. A l'âge de 28 ans, elle décide de mettre un terme à sa carrière de danseuse pour développer d'autres projets. " La danse est une véritable école de la vie, souligne Marie Doutrepont. C'est une discipline exigeante, qui requiert rigueur et autonomie. Triste ou malade, il faut monter sur scène. C'est pareil quand on est indépendant. " L'idée de Ma Ferme en Ville, la cantine-épicerie qu'elle ouvrira en 2015, lui trotte dans la tête depuis qu'elle a rangé ses chaussons, mais elle n'a pas encore les reins assez solides financièrement. Elle travaille alors comme commerciale free-lance pour plusieurs grandes sociétés comme Yoplait et le géant français JCDecaux, mais n'en oublie pas pour autant ses premières amours. Organisatrice de stages de danse depuis 2003 (à l'époque, elle officiait toujours à Londres), elle enseigne également pointes et entrechats dans différentes écoles et académies. C'est en 2012 que ses Hivernales voient le jour. Un concept inédit, à la fois à Liège et en Belgique. De grandes compagnies passent par Bruxelles dans le cadre de leur tournée, mais il ne s'agit pas de productions belges. Sous la direction artistique de Marie Doutrepont, le gala des Hivernales rassemble des danseurs étoiles issus des plus prestigieuses maisons du monde pour offrir au public un spectacle accessible et équilibré, entre répertoire classique et créations contemporaines. En sept ans, les Hivernales sont restées fidèles à leurs valeurs ( lire l'encadré " Une septième édition "). " La première édition a nécessité un travail de titan, se souvient la Liégeoise. La sélection des danseurs, la rédaction des contrats, les partenariats avec les sponsors, etc. Je partais d'une page blanche, mais je n'avais pas envie d'un événement à petite échelle. " Les Hivernales sont désormais une organisation bien huilée à gros budget : " Il faut compter entre 50.000 et 60.000 euros pour rémunérer les danseurs. Un montant auquel s'ajoutent notamment les coûts d'une campagne publicitaire d'envergure, notamment sur TF1 ". Franchir le seuil de Ma Ferme en Ville, rue Souverain Pont, dans le quartier Grand Léopold à Liège, c'est découvrir une tout autre facette de la personnalité de Marie, qui a grandi en pleine campagne au milieu des animaux et des vergers. Ici, l'entrepreneuse et son équipe s'appuient sur une véritable réflexion pour proposer des produits de saison, cultivés ou élaborés dans un rayon de 50 kilomètres. Plus qu'une simple invitation à casser la graine, les assiettes savoureuses balaient les clichés sur une alimentation saine qui serait rationnée. Un concept qui évolue au gré des saisons et de la demande à coups de brunchs mensuels et de nocturnes ponctuelles, d'un service traiteur et d'un pique-nique urbain. Mais aussi au prix d'un dur labeur, y compris le soir et le week-end. " Beaucoup n'ont pas conscience des exigences de l'horeca, regrette Marie. De plus, les jeunes s'imaginent que les patrons se remplissent les poches et ils ont des attentes salariales utopiques. " A côté de cela, la Liégeoise explique qu'il faut savoir faire confiance à son personnel, tout en le formant et lui confiant des responsabilités. Ouvert en septembre 2018 par Marie et son compagnon Gabriel Caridi, Pinart est un bar à vin à mi-chemin de leurs influences respectives. " Travailler ensemble n'était pourtant pas un match gagné d'avance car nos caractères sont diamétralement opposés, s'amuse celui qui est à la tête de Mio Posto, l'authentique osteria en face de Ma Ferme en Ville. La preuve, avant de tomber dans les bras l'un de l'autre, nous entrions en conflit chaque fois que nous nous croisions en ville. Un jour, je l'ai invitée à dîner pour enterrer la hache de guerre. La suite, on la connaît... " Huit ans de relation amoureuse et de projets individuels plus tard, ils ont décidé d'unir leurs forces dans un bar qui fait la part belle aux vins français. " Nous sommes tombés amoureux de ce rez-de-chaussée commercial à remettre et avons imaginé un lieu qui ne devait pas faire concurrence à nos établissements respectifs ", explique Marie Doutrepont. Fort d'une expérience de nombreuses années dans un café-brasserie familial, il s'occupe des vins et elle de la paperasse. D'autres projets, Marie ? " Plein. Tout plein. Si vous saviez. Mais on ne peut pas tout faire, du moins pas en même temps. Plusieurs choses commencent à se dessiner, ici et ailleurs. C'est à la fois difficile de faire des choix et prématuré d'en parler. " Et la multi-entrepreneuse de citer Richard Branson : " Si on vous offre une belle opportunité pour laquelle vous n'êtes pas qualifié, acceptez-la. Vous apprendrez plus tard ".