Même si les sondages l'avaient prévu, le soulagement était grand au lendemain du premier tour de la présidentielle française. Le candidat libéral " ni de droite ni de gauche " Emmanuel Macron est considéré comme relativement bienveillant par les marchés, surtout par rapport à ses adversaires d'extrême droite Marine Le Pen ou d'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon. La perspective d'une victoire de Macron au deuxième tour a réduit de 20 points de base (0,2 %) l'écart entre les taux des obligations publiques françaises et allemandes - qui peut être considéré comme le baromètre pour le risque d'assurance.
...

Même si les sondages l'avaient prévu, le soulagement était grand au lendemain du premier tour de la présidentielle française. Le candidat libéral " ni de droite ni de gauche " Emmanuel Macron est considéré comme relativement bienveillant par les marchés, surtout par rapport à ses adversaires d'extrême droite Marine Le Pen ou d'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon. La perspective d'une victoire de Macron au deuxième tour a réduit de 20 points de base (0,2 %) l'écart entre les taux des obligations publiques françaises et allemandes - qui peut être considéré comme le baromètre pour le risque d'assurance. Au second tour du dimanche 7 mai, Macron sera aux prises avec Le Pen, alors que les marchés auraient préféré un duel entre Macron et François Fillon. Les élections pour l'Assemblée nationale, le Parlement français, sont prévues le 11 et le 18 juin. Macron ne dispose pas d'un parti politique établi derrière lui, et devra soit collaborer avec l'un des partis classiques, soit convaincre un grand nombre de membres d'autres partis de rejoindre sa nouvelle formation. Le Front National (FN) de Le Pen n'occupe que deux des 577 sièges à l'Assemblée nationale. Il n'y a pour ainsi dire aucune chance que le FN obtienne une majorité en juin. Le soulagement suscité par une probable victoire de Macron au deuxième tour engendrera peut-être un nouveau rebond limité sur les marchés d'actions et d'obligations. Mais il est plus difficile d'estimer l'effet qu'aura le président Macron à plus long terme. C'est un partisan de l'intégration européenne et de réformes structurelles, mais il n'a pas dévoilé de mesures concrètes. Il veut respecter les normes de Maastricht, mais aussi accroître le nombre de fonctionnaires. Et on peut s'interroger sur sa capacité à imposer sa politique sans groupe politique au Parlement. Comme le résultat des élections parlementaires aux Pays-Bas, une victoire de Macron et le recul de la popularité du parti populiste de droite AfD en Allemagne réduiront l'incertitude politique dans la zone euro. Les marchés pourront alors se pencher à nouveau sur l'amélioration constante de la situation économique dans la zone. Malgré toutes les incertitudes politiques qui entourent le Brexit et les élections, l'économie européenne tourne à plein régime. Les indices PMI des directeurs des achats (qui mesurent la confiance des directeurs des achats dans la zone euro) suggèrent une accélération de la croissance de 0,6 % (d'un trimestre à l'autre) au cours des trois premiers mois de 2017, à 0,7 % pour le trimestre actuel. Les créations d'emplois seraient également en hausse, portées par l'augmentation de la consommation et un optimisme croissant concernant la croissance économique. En France, l'indice PMI a même atteint son plus haut niveau depuis mai 2011 - malgré les incertitudes suscitées par les élections présidentielles. Ailleurs dans la zone euro, la croissance atteint son niveau le plus élevé depuis juillet 2007. L'accélération de la croissance et la hausse de l'inflation intensifient la pression sur la Banque centrale européenne (BCE), et les appels à une réduction anticipée de sa politique actuelle de stimuli sont de plus en plus nombreux. L'obstination de la BCE à souligner la stagnation de l'inflation de base (qui ne tient pas compte des prix volatils de l'énergie et des denrées alimentaires) montre cependant qu'aucun abandon de la politique de stimuli ou relèvement des taux n'est à l'ordre du jour cette année. Une victoire actuellement très peu vraisemblable de Le Pen aux élections présidentielles - ce que les investisseurs ont coutume d'appeler un " accident politique " - changerait complètement la donne. Non seulement Le Pen veut revenir sur les réformes économiques de ces dernières années, mais elle compte également mener une politique protectionniste et sortir la France de la zone euro et de l'Union européenne (le tant redouté Frexit). Le risque de contagion aux autres pays de la zone euro serait alors réel : la dette publique française représente un tiers de la dette publique totale de la zone euro (contre seulement 2 % pour la Grèce). Dans la pratique, la BCE peinerait à endiguer cette contamination. Le Frexit requiert toutefois un vote du Parlement français ou un référendum. Et les sondages révèlent que 70 % de la population française est favorable à l'euro. Une victoire de Le Pen enverrait une onde de choc sur les marchés financiers. Les premières victimes seraient évidemment les obligations publiques françaises. Indépendamment de la menace d'un Frexit, la politique de Le Pen accroîtrait le poids de l'État et creuserait le déficit budgétaire. Les obligations des pays périphériques de la zone euro perdraient également de la valeur, alors que les obligations publiques allemandes s'apprécieraient. Une victoire de Le Pen intensifierait en outre la pression sur l'euro, qui pourrait retomber sous la parité avec le dollar. Sur les marchés d'actions, les gains engendrés par le " rallye Macron " partiraient immédiatement en fumée. Vous pouvez vous protéger contre pareil scénario en réduisant votre exposition aux obligations des pays périphériques de la zone euro (Espagne, Italie, Portugal). Vous pouvez également détenir une position limitée en obligations en dollar. La victoire semble assurée pour Emmanuel Macron.