Emmanuel Macron a donc perdu son pari. Il n'aura pas les coudées franches pour gouverner. L'Assemblée nationale va même être incontrôlable avec l'arrivée massive de l'extrême gauche et de l'extrême droite. Macron risque d'être, comme l'écrit joliment Le Figaro, "le spectateur d'un quinquennat mort avant d'avoir commencé". Mais cette gifle présidentielle, c'est aussi en quelque sorte la mort de la "gauche de gouvernement" puisqu'une bonne partie des Français a choisi le mot "rupture" au lieu du mot "compromis".
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Emmanuel Macron a donc perdu son pari. Il n'aura pas les coudées franches pour gouverner. L'Assemblée nationale va même être incontrôlable avec l'arrivée massive de l'extrême gauche et de l'extrême droite. Macron risque d'être, comme l'écrit joliment Le Figaro, "le spectateur d'un quinquennat mort avant d'avoir commencé". Mais cette gifle présidentielle, c'est aussi en quelque sorte la mort de la "gauche de gouvernement" puisqu'une bonne partie des Français a choisi le mot "rupture" au lieu du mot "compromis". Pour comprendre ce rejet de l'extrême centre cher à Macron, il faut en revenir, comme souvent, à l'économie. Jérôme Fourquet, directeur du département d'opinion de l'Ifop, un institut de sondage, l'exprime bien depuis plusieurs mois. Selon lui, c'est une évidence: on assiste à une politisation de la consommation et des modes de vie des Français. Je pense d'ailleurs que l'argument est aussi valable pour la Belgique. En réalité, le chômage n'a pas été la préoccupation première des Français durant cette élection. Non pas qu'ils s'en désintéressent, mais la question du pouvoir d'achat l'a supplanté. Inflation oblige, la question de "la fin du mois" est devenue le premier souci des Français. Normal, une bonne partie de la population n'arrive plus à boucler son budget, et c'est que ce Jérôme Fourquet appelle la "problématique du découvert au 20e jour du mois". L'autre raison de cette gifle présidentielle, c'est que le pouvoir d'achat relève aussi de la dimension statutaire de chacun d'entre nous: "comme nous sommes dans des sociétés désidéologisées, l'acte de consommer revêt une dimension statutaire très forte (...). Ma position dans la société se lit à l'aune des enseignes que je peux fréquenter (...). Je suis ce que je consomme", nous explique Jérôme Fourquet. Mais ce n'est pas tout, il ajoute que "le consommateur aujourd'hui est souverain et quand il ne peut plus emmener son conjoint au restaurant ou ses enfants au cinéma, c'est vécu comme un renoncement et donc une atteinte insupportable à sa souveraineté de consommateur, et c'est ce qui fait de lui un citoyen de seconde zone". Vous avez des doutes? Les historiens reconnaissent que durant les années 1960, en France, on disposait grâce au catholicisme et au communisme d'un sas pour une forme de bonheur différé. Mais voilà, en 2022, tel n'est plus le cas: le bonheur, c'est ici et maintenant! Et la grande peur, c'est le déclassement. Nos politiques le savent bien et utilisent la politique du carnet de chèques pour désamorcer cette bombe sociale. L'Etat, que ce soit en France ou en Belgique, est appelé à la rescousse pour amortir la vie chère. Et ce réflexe du chéquier va s'accélérer avec la nouvelle Assemblée nationale et les immenses attentes qu'elle représente. A l'évidence, une bonne partie des citoyens veulent un Etat édredon. Hélas, personne ne se demande qui va payer l'édredon? Mélenchon pense que ce sont les riches qui payeront. Face à lui, le porte-parole de Macron répond qu'avec Mélenchon, "c'est la guillotine fiscale à tous les étages". Et au milieu, le citoyen, lui n'en peut plus, il ne se pose pas toutes ces questions budgétaires, il ne se dit pas que ces politiques d'extrême gauche et d'extrême droite vont "cramer la caisse", comme l'a dit Valérie Pécresse. Non, le citoyen veut se réfugier dans les jupes de la Mama étatique face à un monde qu'il trouve trop hostile. Résultat: Macron risque d'avoir un second quinquennat qui ressemble à celui de Jacques Chirac entre 2002 et 2007, sous le signe de l'immobilisme. Mais comme le disait je ne sais plus quel homme politique, "l'immobilisme n'empêche pas de faire un faux pas".