Depuis 2011, l'événement organisé par le MIT met en lumière la crème de la crème de l'innovation, tous secteurs confondus, sur le Vieux Continent. Le 14 septembre prochain, 35 lauréats se retrouveront lors du Summit Europe qui se déroulera à Station F, à Paris, le plus grand campus de start-up du monde, créé par Xavier Niel.
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Depuis 2011, l'événement organisé par le MIT met en lumière la crème de la crème de l'innovation, tous secteurs confondus, sur le Vieux Continent. Le 14 septembre prochain, 35 lauréats se retrouveront lors du Summit Europe qui se déroulera à Station F, à Paris, le plus grand campus de start-up du monde, créé par Xavier Niel. Parmi les 10 finalistes belges désignés par la revue américaine pour avoir la chance de participer à ce sommet, un seul est pour l'instant certain de rejoindre la cuvée européenne 2017. Il s'agit de Julien de Wit, ingénieur en aérospatiale diplô-mé de l'Université de Liège, qui vit aujourd'hui à Boston. Ce scientifique liégeois a obtenu son ticket pour septembre en ayant été élu " Innovateur belge de l'année ". Les autres devront encore patienter d'ici la rentrée pour être fixés sur leur sort. Dans des domaines aussi variés que la biotechnologie, la médecine, le software et hardware, les télécommunications ou encore l'énergie, c'est plus de 1.100 dossiers qui ont été examinés par un jury de professionnels, parmi lesquels figure Patrick Maestro, directeur scientifique de Solvay, qui a reçu en 2015 la Médaille de l'Innovation du CNRS. " Nous avons toutes les raisons d'être optimistes de ce côté-ci du monde, explique-t-il. L'Europe a tous les atouts pour briller en ce qui concerne l'innovation. Nous avons des écoles à la réputation internationale. Nous commençons à avoir un écosystème lié aux start-up qui est très encourageant. L'Europe peut souffrir d'un manque de stabilité politique depuis quelques années mais le potentiel actuel en matière de recherche est énorme. Il faut aussi et surtout apprendre à ces jeunes innovateurs les outils et la culture nécessaire pour structurer, faire croître et faire durer l'entreprise. Il y a de très belles start-up de quatre personnes, mais tout l'intérêt à long terme dans ces aventures innovantes est, me semble-t-il, d'arriver à constituer de nouvelles grandes entreprises. " Quand on parle innovation au niveau mondial, on cite évidemment en exemple la fulgurance de la Silicon Valley. Là où est née la révolution numérique. " Nous avons en Europe une belle carte à jouer en ce qui concerne les soins de la personne, ajoute Patrick Maestro. Dans ce créneau, nous jouons à égalité avec les Etats-Unis. Nous avons une tradition industrielle importante en Europe et la recherche sur les matériaux est également un de nos points forts. Sur l'environnement également, et sur l'innovation liée aux énergies renouvelables, nous pouvons être des leaders. " Quant à la différence du contexte de la recherche aujourd'hui, comparé à il y a 30 ou 40 ans ? " Sans hésitation, c'est la rapidité, répond Patrick Maestro. Qu'il s'agisse de la mise sur le marché de produits ou de services, ce qui me frappe, par rapport au passé, c'est le laps de temps beaucoup plus court entre l'idée et sa concrétisation selon le modèle d'une entreprise. Cette capacité à être agile, rapide, flexible sont les grands enjeux de l'innovation contemporaine." La particularité de cette cuvée 2017 de l'Innovation belge ? C'est un académique qui a été consacré. Julien de Wit, reconnu notamment pour ses travaux sur les exoplanètes, sourit : " J'ai été le premier surpris de cette récompense. C'est intéressant de reconnaître le travail d'un académique au milieu de tous ces entrepreneurs." " Ce qui m'a frappé dans ce grand rendez-vous de la communauté des innovateurs belges, ajoute-t-il, c'est l'intérêt particulier pour améliorer non pas seulement la technologie actuelle, mais surtout la condition humaine. On s'éloigne de la technologie pour la technologie, pour voir émerger des projets de recherche axés sur les problèmes humains de fond. On sent un vent humaniste souffler sur ces grandes rencontres entre chercheurs." Serait-ce donc le retour des grandes utopies du passé ? " Des utopies, oui, mais avec les compétences et le réseau nécessaire pour pouvoir les concrétiser et que ça bouge vraiment. Ce qui me frappe quand je suis de retour au pays, c'est ce mélange entre le dynamisme à l'américaine et cet humanisme à l'européenne. On pourrait presque parler d'un désir d'une croissance qui serait, cette fois, intérieure. " L'intérêt quand on vient de la Belgique et que l'on vit aux Etats-Unis, c'est la capacité à porter ce regard comparatif sur le soutien à l'innovation de part et d'autre de l'Atlantique. " L'Europe a la capacité à offrir une certaine solidité, une robustesse dans le soutien aux projets innovants. Il manque encore clairement ce tempérament à prendre plus de risques. Les choses sont en train de changer avec évidemment la culture start-up mais il y a encore de la marge pour réellement atteindre ce niveau de prise de risque qui caractérise l'innovation américaine. " Un avis que partage Charles Fracchia, finaliste belge de la grand-messe européenne de l'innovation en 2016. " Si vous arrivez sur le sol américain avec une certaine notoriété et que vous dites qu'il vous faut 40 personnes à engager pour grandir, vous allez facilement trouver des personnes qui prendront ce risque-là. Il n'y a pas suffisamment en Europe d'appétit pour le risque. Les investisseurs veulent quelque chose qui est certain. C'est comme si on était sur des rails et qu'on avait peur d'en sortir ! " Fabrice Lambert