"Fuck business ", avait déclaré il y a peu d'une façon peu élégante Boris Johnson. Les entreprises l'ont ramené à la dure réalité des chiffres. BMW, qui emploie 8.000 personnes en Grande-Bretagne, menace de ne plus y produire le moindre modèle si sa chaîne d'approvisionnement devait s'arrêter à la frontière. Airbus envisage même de partir : 15.000 emplois sont menacés. Siemens tient le même discours. Déjà so...

"Fuck business ", avait déclaré il y a peu d'une façon peu élégante Boris Johnson. Les entreprises l'ont ramené à la dure réalité des chiffres. BMW, qui emploie 8.000 personnes en Grande-Bretagne, menace de ne plus y produire le moindre modèle si sa chaîne d'approvisionnement devait s'arrêter à la frontière. Airbus envisage même de partir : 15.000 emplois sont menacés. Siemens tient le même discours. Déjà sous pression à cause de Trump, l'industrie automobile britannique, qui pèse 162.000 emplois, craint le pire en cas d'un Brexit sans accord. Elle a calculé que les importations coûteraient 2,7 milliards de livres supplémentaires par an avec une répercussion sur les prix au consommateur. Enfin, dans la City, 75.000 emplois sont déjà en cours de délocalisation. L'incertitude sur le Brexit a engendré une baisse de moitié de la croissance (de 3 à 1,5 % en 2018), une grimpée de l'inflation à 3 % et une chute de 20 % de la livre. Face à la pression de plus en plus insupportable, Theresa May avait réuni tout son cabinet vendredi dernier pour une journée à Chequers, sa résidence. Symbole de la gravité de la situation : les smartphones ont été confisqués à l'entrée et les documents n'ont pas été distribués à l'avance. A la sortie, un accord a été trouvé, qui doit servir de base au livre blanc que le Royaume-Uni doit remettre à l'Union européenne. S'il assouplit la position britannique, il ressemble tout de même à une usine à gaz, avec un maintien dans le marché unique pour les produits agroalimentaires et un " régime douanier facilité " pour les autres. Selon ce régime, le Royaume-Uni pourrait imposer ses propres tarifs et accords commerciaux pour des biens qui lui sont destinés et les tarifs européens équivalents pour ceux, en transit, destinés à l'Union européenne. Un accord qui n'a pas plu à David Davis, le ministre du Brexit, ni à Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, qui ont démissionné. Paradoxalement, voilà qui, pour l'instant, renforce la position de Theresa May et, donc, la perspective d'un Brexit plutôt soft.