Bozar ne recule devant aucun sacrifice logistique : en prélude à l'exposition consacrée à Pol Bury, il a installé sur son vénérable parquet une fontaine grandeur nature. L'objet, composé d'une vingtaine de tubulures métalliques qui bougent doucement, disperse l'eau devant les visiteurs amusés, voire fascinés. Voilà la signature typique du plasticien belge né à La Louvière en 1922 et m...

Bozar ne recule devant aucun sacrifice logistique : en prélude à l'exposition consacrée à Pol Bury, il a installé sur son vénérable parquet une fontaine grandeur nature. L'objet, composé d'une vingtaine de tubulures métalliques qui bougent doucement, disperse l'eau devant les visiteurs amusés, voire fascinés. Voilà la signature typique du plasticien belge né à La Louvière en 1922 et mort à Paris en 2005 : la confection d'objets parfois monumentaux courtisés par les lieux publics où le mouvement chorégraphie des intentions poétiques. Ces créations mouvantes sont aussi la force d'attraction de cette expo au Palais des Beaux-Arts - qui propose périodiquement le travail de l'artiste depuis 1947. Elles noyautent plusieurs des huit salles dans un récit qui se veut chronologique. Comme par exemple les Ponctuations en salle 4. Datant de la fin des années 1950, elles marquent les débuts de Pol Bury comme artiste cinétique. Dans ces Ponctuations, un moteur en dehors de l'oeuvre permet d'animer des pièces souvent à mi- chemin entre tableau et sculpture, de donner vie à un bout de filament ou à une boule défiant un plan incliné. De manière homéopathique, comme un ralenti perpétuel. Artiste de l'équilibre, Pol Bury a pourtant commencé sa carrière de façon plus conventionnelle, via des peintures chassant tour à tour les modes du surréalisme, de l'abstraction, du groupe CoBrA. Sa découverte d'Alexander Calder et de ses mobiles, dès le début des années 1950, élargira considérablement la donne et les ambitions du Belge, entre-temps parti à Paris. Tout comme elle élargira la diversité des matériaux et dimensions utilisés, tel le pinacle de l'expo bruxelloise : 4087 cylindres érectiles, unmur de chêne peint en noir, de 7 m de long, garni de 4.000 barrettes en hêtre clair, qui trouve aujourd'hui des reflets inattendus dans un monde obsédé par ses frontières. Pol Bury, "Time In Motion ", jusqu'au 4 juin à Bozar, www.bozar.be Par Philippe Cornet