La population est à bout, la fatigue sociale ne se cache plus, quitte à se heurter aux forces de l'ordre. Nous avons pu le voir avec les rassemblements de jeunes à Bruxelles. Nous le voyons également dans le secteur horeca avec la volonté de nombreux restaurateurs d'ouvrir ce 1er mai, quoi qu'il en coûte. Et ce, même si les chiffres de l'épidémie ne le permettent pas.
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La population est à bout, la fatigue sociale ne se cache plus, quitte à se heurter aux forces de l'ordre. Nous avons pu le voir avec les rassemblements de jeunes à Bruxelles. Nous le voyons également dans le secteur horeca avec la volonté de nombreux restaurateurs d'ouvrir ce 1er mai, quoi qu'il en coûte. Et ce, même si les chiffres de l'épidémie ne le permettent pas. Pareille fatigue sociale n'est que l'un des nombreux malaises que devront traiter nos politiques en urgence. L'autre musique qui fait son chemin, c'est la montée des inégalités. C'est paradoxal mais en voulant nous aider à sortir de la crise, les banques centrales occidentales ont en réalité aggravé les inégalités. En noyant l'économie d'argent frais (les fameuses liquidités destinées à acheter des obligations d'Etat), les taux d'intérêt sont en effet maintenus artificiellement à la baisse. Le résultat? Une Bourse qui monte. Nous voici dès lors dans un jeu "face je gagne, pile tu perds" qui profite aux détenteurs d'épargne et de patrimoine. L'immobilier bénéficie également de cette faiblesse des taux car la brique attire aussi vers elle des investisseurs qui, légitimement, ne veulent pas laisser dormir leur argent sur des comptes d'épargne qui ne rapportent rien. Rebelote, donc: les prix de l'immobilier restent élevés et l'accès au logement est de plus en plus difficile pour les jeunes, comme l'a encore montré une étude de BNP Paribas Fortis. Déjà victimes sur le plan de leurs études avec des cours en distanciation, déjà victimes sur le plan de l'emploi avec des entreprises frileuses à engager, ces mêmes jeunes voient donc l'accès à la propriété immobilière bouché, sauf coup de pouce financier de leurs parents. Et hop, nous revenons au galop vers le thème des inégalités qui voit la majorité de ces jeunes obligés de prendre leur mal en patience, hormis les heureux gagnants à la "loterie du sperme"... D'ailleurs plusieurs partis politiques ont saisi la détresse des primo-accédants à la propriété, enfourchant avec allégresse ce thème porteur. Oui, sauf que le logement n'est pas un actif rare, et s'il y a une chose qu'on sait faire depuis des millénaires, c'est construire! En fait, si le prix du mètre carré a augmenté à ce point, ce n'est pas à cause des vilains investisseurs (ceux et celles qui possèdent déjà un bien mais cherchent à obtenir des revenus complémentaires pour compenser une pension légale qui ne sera sans doute jamais payée) mais plutôt des politiques. Les villes ou les communes possèdent souvent des terrains qui permettraient de construire davantage et donc de faire baisser la fièvre de la brique. Mais voilà, ces terrains, c'est aussi l'une de leurs sources de revenus. Et ces communes refusent de brader leurs mètres carrés. Quant à l'idée de construire un peu plus en hauteur pour justement augmenter l'offre de logement, ces mêmes villes ou communes sont contre, aidées, il faut bien le reconnaître, par les cris d'orfraie de leurs habitants, les mêmes qui sont contre les inégalités. Et donc tous ces donneurs de leçon, cathodique ou pas, alimentent artificiellement la hausse du prix au mètre carré. Pour notre population, le logement est sans doute le défi numéro un de demain. Pourtant, peu de politiques en parlent alors que le télétravail va modifier notre façon de travailler, de nous déplacer mais aussi de nous loger. Or, comme on l'a dit, ces mêmes politiques qui hurlent aux inégalités sont souvent les mêmes qui suscitent indirectement ces inégalités. Ce qui prouve que "la tentation du bien" provoque souvent plus de mal que de bien.