" C'est une véritable course con-tre la montre pour satisfaire la demande croissante de nos clients." Jacques Crahay, le CEO de l'entreprise agroalimentaire Cosucra (Warcoing, Hainaut), peut se réjouir du virage négocié par la société familiale au début des années 2000 en abandonnant l'activité sucrière pour développer la production de protéines végétales issues du pois et de la chicorée. Ces ingrédients sont de plus en plus utilisés dans l'industrie alimentaire pour compenser la diminution de la consommation de viande. En 2014, Cosucra avait déjà investi une quarantaine de millions d'euros dans l'augmentation de ...

" C'est une véritable course con-tre la montre pour satisfaire la demande croissante de nos clients." Jacques Crahay, le CEO de l'entreprise agroalimentaire Cosucra (Warcoing, Hainaut), peut se réjouir du virage négocié par la société familiale au début des années 2000 en abandonnant l'activité sucrière pour développer la production de protéines végétales issues du pois et de la chicorée. Ces ingrédients sont de plus en plus utilisés dans l'industrie alimentaire pour compenser la diminution de la consommation de viande. En 2014, Cosucra avait déjà investi une quarantaine de millions d'euros dans l'augmentation de ses capacités de production et elle récidive maintenant afin de suivre la tendance haussière du marché. Cet investissement de 45 millions d'euros doit faire de l'entreprise "le principal producteur de protéines de pois en Europe" et créera une vingtaine d'emplois dans les trois ans (300 actuellement). Il est financé classiquement par les actionnaires familiaux (20 millions) et les banques (15 millions) mais pour le solde, Cosucra innove. Cinq millions sont apportés par Sofiprotéol, un fonds d'investissement français dédié au développement de filières agricoles durables. Ce fonds présente la particularité d'indexer ses prêts sur une série de critères sociaux et environnementaux: si Cosucra améliore son bilan carbone ou réduit sa consommation d'eau et d'énergie, elle sera gratifiée d'une ristourne sur les intérêts dus. Une approche parfaitement en phase avec la politique menée par Jacques Crahay, l'un des patrons wallons les plus sensibles à une approche écologique de l'économie. Le tour de table de Cosucra comprend une seconde innovation: le partenariat entre la banque européenne d'investissement et la SRIW qui permet aux entreprises wallonnes de bénéficier de la notation de la BEI et d'obtenir ainsi une ristourne sur les taux d'intérêt habituels. Le prêt de 5 millions d'euros à Cosucra qui a été officiellement signé ce vendredi 9 juillet est la première concrétisation de ce partenariat. Cela résulte d'un alignement des planètes. D'un côté, la SRIW songeait à de nouvelles sources de financement pour pouvoir continuer à investir dans l'économie wallonne ; de l'autre, la BEI avait besoin d'intermédiaires locaux pour gérer les dizaines de milliards d'euros de prêts aux PME européennes envisagés dans le cadre de la relance post-Covid-19. La solution fut dès lors l'ouverture par la BEI d'une ligne de crédit de 100 millions d'euros à la SRIW afin que celle-ci puisse accorder des prêts aux entreprises wallonnes. Ces prêts bénéficient du rating de la BEI et affichent un taux d'intérêt inférieur de 0,24% à ceux du marché. Les montants doivent être débloqués avant fin 2022 et l'accord prévoit de renouveler ensuite l'expérience avec une seconde tranche de 100 millions d'euros de crédit. La BEI espère que la SRIW ne sera pas une simple courroie de transmission et que, par les effets de levier, elle doublera la capacité de financement. L'opération per- mettrait ainsi de "débloquer jusqu'à 400 millions pour aider les entreprises wallonnes à se développer".