On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, dit la chanson. Terry Rand ne le sait que trop bien. Elevé dans une famille de voleurs, le jeune homme a pris ses distances avec les siens après le choc causé par la folie meurtrière de son frère aîné Collie. Un jour, ce dernier a assassiné huit personnes, sans raison. A quelques jours de son exécution, il appelle Terry pour lui dire qu'il n'est pas le meurtrier d'une des victimes de son massacre et qu'un serial killer serait toujours en activité. De quoi pousser le frangin à l'enquête et aux retrouvailles avec celles et ceux qu'il a laissés derrière lui, souvent à contrecoeur. Connu pour ses romans fantastiques et d'horreur (il fut d'ailleurs quatre fois lauréat du prix Bram Stoker, référence du genre), Tom Piccirilli s'est essayé en fin de carrière au thriller réaliste. Plutôt avec succès. Son roman Les derniers mots aborde sous un angle original une enquête de l'intime avec un récit qui prend son temps. A mesure que Terry recompose le dossier de son frère, c'est avec tout un environnement et une famille hors case qu'il reprend contact. Souvenirs enfouis, Kimmy l'amour de jeunesse... Que serais-je devenu si cela n'était pas arrivé ? ressasse-t-il. Captant parfaitement l'entre-deux d'une Amérique oubliée, où la morale se repositionne - le cambriolage et la rapine étant vus ici comme des modes de vie à la Robin des Bois - et le meurtre reste l'outrage ultime, l'auteur aime rester sur le fil de l'impensable. La frontière de la folie et de la norme. Un excellent suspense à retrouver en poche.

" Les derniers mots ", Tom Piccirilli, éditions Folio policier, 480 pages, 9 euros.