Depuis quatre hivers, la centrale au gaz de Seraing, propriété d'EDF Luminus, et celle de Vilvorde, aux mains de la société bulgare Energy Market, faisaient partie de la réserve stratégique. A elles deux, elles pouvaient fournir 725 MW en cas de pénurie observée à court terme. Elles étaient d'ailleurs régulièrement testées à cet effet par Elia, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité. En fait, les deux centrales avaient été mises à l'arrêt en raison d'un souci évident de rentabilité. Mais les choses changent.

Selon une note de la Creg (le régulateur) du 25 janvier dernier, une centrale TGV (turbine gaz-vapeur) a dégagé, en moyenne, en 2017, un bénéfice de près de 10 millions d'euros, le plus élevé depuis 2012. Cette rentabilité devrait encore augmenter conjointement avec la hausse des prix de l'électricité. Dans ce contexte de coûts fixes couverts par les marges et d'absence de gros investissements à réaliser, EDF Luminus a pris la décision juste avant Pâques de rouvrir la centrale de Seraing (470 MW) à partir du 1er novembre.

Cela n'empêche pas la société de plaider, dans le cadre du pacte énergétique, pour l'élaboration du fameux mécanisme de rémunération des capacités tant pour les centrales existantes que pour celles à construire en vue de la sortie du nucléaire. Energy Market n'a pas encore pris une telle décision à Vilvorde mais elle envisage non seulement d'augmenter la capacité de la centrale existante (de 255 à 400 MW) mais aussi la construction de nouvelles structures pour porter la capacité totale du site à 1.000 MW.

Le retour de Seraing et, peut-être, de Vilvorde sur le marché a deux implications évidentes. La réserve stratégique fixée à 500 MW pour le prochain hiver pourrait donc devenir superflue. Enfin, il diminue aussi le besoin en nouvelles centrales dans l'optique de la sortie du nucléaire.