L'époque où certains évoquaient un retour de la parité entre le dollar américain et l'euro semble loin derrière nous aujourd'hui. Le billet vert a perdu 11 % de sa valeur par rapport à la monnaie unique depuis le début de cette année.
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L'époque où certains évoquaient un retour de la parité entre le dollar américain et l'euro semble loin derrière nous aujourd'hui. Le billet vert a perdu 11 % de sa valeur par rapport à la monnaie unique depuis le début de cette année. La confiance des investisseurs dans le roi dollar semble s'être considérablement érodée. Alors qu'on spéculait abondamment sur une poursuite de la baisse de l'euro au début de l'année, la situation s'est totalement renversée aujourd'hui. Les fonds spéculatifs multiplient les positions longues sur l'euro et courtes sur le dollar. En d'autres termes, ils misent sur une poursuite de l'appréciation de l'euro et de l'affaiblissement du dollar. Tous ces paris contribuent ainsi à la hausse de plus en plus rapide de l'euro, une situation très instable. Il ne fait aucun doute que la chute spectaculaire du roi dollar depuis le début de l'année est en partie imputable à la nette amélioration de la conjoncture dans la zone euro. Depuis les élections présidentielles françaises et l'accord conclu sur la dette grecque, le risque politique s'est considérablement amenuisé. La croissance économique reprend, le chômage est retombé à son plus bas niveau depuis mars 2009 et la confiance des entrepreneurs est au plus haut. L'optimisme gagne la zone euro, et la monnaie unique en profite. Des voix s'élèvent également au sein de la Banque centrale européenne (BCE) pour réduire les stimuli monétaires (le programme de rachat d'obligations). Cela entraînerait une stabilisation, voire une hausse des taux sur les obligations en euro, et rendrait l'euro encore plus attrayant pour les investisseurs. Mais l'amélioration de la situation dans la zone euro, grâce à laquelle la monnaie unique a pu rebondir à partir d'un plancher sur 14 ans au début de cette année, n'explique que partiellement la baisse constante du dollar. Car le billet vert n'a pas perdu du terrain que par rapport à l'euro. La monnaie américaine affiche par exemple une perte de 7 % par rapport au dollar canadien depuis le début de l'année. La valse-hésitation de la Banque centrale américaine (la Réserve fédérale ou, plus simplement, la Fed) est une autre raison du recul du dollar. Récemment, la Fed a laissé son taux à court terme inchangé à 1 - 1,25 %. L'institution est confrontée à des signaux contradictoires et peine à justifier une hausse des taux. Certes, le chômage continue à baisser, mais l'inflation se maintient désespérément sous l'objectif de 2 %. La Fed a également atténué son discours sur la réduction du gigantesque portefeuille d'obligations publiques et de titres adossés à des crédits hypothécaires. Son démantèlement pourrait entraîner une hausse des taux à long terme aux États-Unis et rendre ainsi le dollar plus attrayant pour les investisseurs. Alors qu'elle évoquait jusqu'il y a peu la possibilité de s'attaquer à la réduction de son bilan cette année encore, la Fed parle aujourd'hui de le faire " relativement vite ", ce qui, dans le langage des banques centrales, pourrait tout autant signifier l'an prochain. Il est cependant de plus en plus clair que la fuite des investisseurs n'est pas tant la faute de la Fed que la conséquence des derniers événements survenus à Washington. La capitale américaine est en train de sombrer dans le chaos, et ni le gouvernement Trump ni les républicains ne parviennent pour l'instant à accomplir le moindre de leurs projets. Après l'élection de Donald Trump, les investisseurs et les opérateurs en devises se sont laissé séduire par le président et ses promesses de relancer la croissance en abaissant les impôts et en investissant dans l'infrastructure. Fin 2016, le dollar avait ainsi atteint son plus haut niveau depuis 2005. Ces gains se sont entièrement évaporés depuis. Et de plus en plus d'investisseurs se délestent du dollar à mesure que les échecs politiques de Donald Trump s'accumulent. L'impact de la politique américaine sur le dollar s'est confirmé le mois dernier, lorsque la monnaie a décroché après l'annonce d'un approfondissement de l'enquête sur les liens entre l'équipe de campagne de Trump et la Russie, mais aussi au vu de l'incapacité des républicains à abolir Obamacare. Tout cela n'est pas de nature à rassurer les investisseurs qui ont des obligations en dollar. Les pertes de change de ces six derniers mois ont balayé les gains provenant des coupons plus élevés offerts par les obligations en dollar (par rapport aux obligations en euro). Nous vous conseillons de ne pas vendre vos obligations en dollar maintenant. Le pessimisme ambiant quant au dollar est comparable à l'optimisme qui régnait au début de cette année. La dépréciation de la monnaie américaine est surtout portée par de grands investisseurs qui spéculent sur une accélération de sa chute. De la même manière que lorsqu'ils spéculaient sur sa hausse au début de l'année, ils faisaient incontestablement preuve d'excès. Et ce type d'excès entraîne toujours une correction plus rapide qu'attendu. Pourtant, des éléments pourraient provoquer un retour de balancier : un nouveau relèvement des taux par la Fed, associé à un calendrier de réduction de son portefeuille obligataire, ou l'annonce par le gouvernement Trump d'un plan de baisse des impôts et d'un programme concret d'investissements en infrastructure. Les investisseurs observent, impuissants, l'amateurisme affligeant de Washington.