Les prophètes de malheur sont de retour. Et quand j'écris de retour, j'exagère, car en réalité, ils ne nous ont jamais quittés. D'ailleurs, pourquoi le feraient-ils ? Après tout, l'époque favorise toutes les peurs et les marchands d'angoisse ont la cote auprès des médias. Leur notoriété est comparable aux prédicateurs du Moyen Age qui nous expliquaient que la lèpre était une malédiction divine.
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Les prophètes de malheur sont de retour. Et quand j'écris de retour, j'exagère, car en réalité, ils ne nous ont jamais quittés. D'ailleurs, pourquoi le feraient-ils ? Après tout, l'époque favorise toutes les peurs et les marchands d'angoisse ont la cote auprès des médias. Leur notoriété est comparable aux prédicateurs du Moyen Age qui nous expliquaient que la lèpre était une malédiction divine. Il faut dire que les angoisses à vendre à nos concitoyens ne manquent pas. Il y a celle du climat qui tourne fou, celle de la substitution des populations occidentales par des hordes de réfugiés, celle de notre remplacement par des robots et l'intelligence artificielle. Et puis, il y a l'angoisse plus classique, celle de la prochaine grande crise financière. Au cas où l'information vous aurait échappé, sachez qu'une prochaine crise financière - aussi terrible que celle qui a éclaté en 2008 - couve sous nos yeux et elle pourrait nous exploser demain à la figure. Et qui nous propose ce genre d'avenir très morose ? Des économistes ou des essayistes, pardi ! Le plus doué d'entre eux dans ce genre, c'est Jacques Attali. Il vient encore d'accorder une longue interview à mes confrères du journal L'Echo dans laquelle, il annonce que nous sommes au bord d'une grande crise. A la question de savoir quand aura lieu cette crise, il botte en touche : qui sait, dit-il, elle aura lieu dans trois semaines ou peut-être d'ici deux ans. Tenant compte de la date à laquelle il a octroyé cette magnifique interview, la crise devrait éclater durant la semaine de parution de ce magazine ou au plus tard en 2021. De toute façon, comme Jacques Attali a déjà prévu une nouvelle guerre mondiale pour au plus tard 2035, il nous dit en réalité que nous sommes fichus : si nous ne sommes pas ruinés cette semaine ou en 2021, alors nous serons morts en 2035 ! Et comme si cela ne suffisait pas, la semaine dernière, c'est un autre prophète de malheur qui a eu l'honneur des médias belges francophones. Pour la sortie de son livre intitulé La descente aux enfers de la finance, son auteur, le financier belge Georges Ugeux, nous a servi la même rengaine : le monde est trop endetté, et il l'est encore plus aujourd'hui que quand la crise a éclaté en 2008. Bref, selon lui, si rien ne change, nous allons revivre un remake de la crise des subprimes. Brrr ! Ils ont peut-être raison tous ces Nostradamus de l'économie : c'est vrai que l'endettement mondial est problématique, et c'est vrai que des taux artificiellement bas fragilisent nos banques et ne sont pas bons pour nos économies. Mais tout le monde le sait déjà. Alors, quel est le rôle de ces personnages publics ? Nous alerter ? Si c'est le cas, merci de vous préoccuper de notre avenir. Oui, merci, sauf que trop souvent, ces marchands d'angoisse répètent ad nauseam les mêmes arguments depuis des années. Et comme leurs prédictions ne se vérifient pas ou pas encore, ils sont dans la surenchère apocalyptique. Par ailleurs, comme les derniers chiffres macroéconomiques ne sont pas bons, ils roulent sur du velours même si ces chiffres leur ont donné tort pendant six, sept ou dix ans. En d'autres mots, à force d'annoncer le pire, ils finiront bien hélas par avoir raison. Exactement comme ces montres en panne qui donnent l'heure exacte deux fois par jour.