Elle a failli devenir le fiasco du siècle. Et pourtant, quelques années après avoir frôlé les abysses face à des smartphones de plus en plus séduisants, la montre connectée refait surface. Vieux fantasme, elle appartient à la grande famille des wearables, ces objets communicants que l'on porte sur soi. Si elle cristallise une attente historique, celle de l'objet de télécommunication universel vissé au poignet - Dick Tracy combattait dès 1946 les vilains grâce à sa montre radio -, son avenir paraît de plus en plus riche, agréable et utile. On peut en effet désormais payer ses achats avec sa Samsung Gear ou passer des appels avec son Apple Watch. Mais la motivation première des consommateurs pour acquérir ce type de produit réside dans toutes les fonctionnalités tournant autour du sport, du bien-être et de la santé.
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Elle a failli devenir le fiasco du siècle. Et pourtant, quelques années après avoir frôlé les abysses face à des smartphones de plus en plus séduisants, la montre connectée refait surface. Vieux fantasme, elle appartient à la grande famille des wearables, ces objets communicants que l'on porte sur soi. Si elle cristallise une attente historique, celle de l'objet de télécommunication universel vissé au poignet - Dick Tracy combattait dès 1946 les vilains grâce à sa montre radio -, son avenir paraît de plus en plus riche, agréable et utile. On peut en effet désormais payer ses achats avec sa Samsung Gear ou passer des appels avec son Apple Watch. Mais la motivation première des consommateurs pour acquérir ce type de produit réside dans toutes les fonctionnalités tournant autour du sport, du bien-être et de la santé. De fait, en moins d'une décennie, les montres connectées ont évolué extrêmement vite. Au début des années 2010, les premières versions signées de grandes marques comme Sony, LG et Samsung ou de start-up comme Pebble et Omate se contentaient de mesurer les pas, les distances parcourues et les calories brûlées. Seule une poignée pouvait afficher des notifications provenant du smartphone associé. Aujourd'hui, les plus sophistiquées, équipées d'un GPS, d'un module 4G, d'un accéléromètre et d'un capteur de fréquence cardiaque sont non seulement capables de recevoir et d'envoyer des SMS, mais aussi de lire de la musique, de mesurer la qualité du sommeil ou de décortiquer sa séance de natation et toutes les données de sa course, avec des informations sur le dénivelé positif et négatif, les calories consommées, le nombre de pas effectué, leur nombre par minute et la longueur de la foulée. Devenu trop sédentaire, transformé en fantôme obéissant du devenir, l' homo numericus rêve désormais de grands espaces, de sueurs et d'exploits indolores. Et, surtout, d'un coach ou d'une diététicienne accessible 24 h sur 24. Au bout du poignet. Les constructeurs en sont bien conscients et surenchérissent d'arguments sur ce thème. Le français Withings qui a lancé sa nouvelle montre à l'automne décrit celle-ci comme " le partenaire idéal de tous les sportifs " et " l'allié du sommeil réparateur ". De son côté, Apple affirme avoir " entièrement repensé " l'Apple Watch quatrième génération " pour vous aider à être encore plus actif, en meilleure santé ". La montre peut désormais détecter les chutes et alerter les secours si celui qui la porte ne réagit pas. Elle permet aussi à ses utilisateurs de réaliser eux-mêmes un électrocardiogramme. Efficace, expliquent les médecins, pour détecter l'arythmie cardiaque à l'origine de certains AVC. Mais évidemment pas pour remplacer les outils médicaux qui détectent les pathologies les plus graves. Alors, la santé est-elle l'avenir des montres connectées ? En tout cas, beaucoup de fabricants le croient. Ces groupes multiplient les rapprochements avec les professionnels du secteur et incorporent de plus en plus de fonctionnalités liées à ce domaine dans leurs produits. Début janvier, le patron d'Apple, Tim Cook, a déclaré à la chaîne CNBC que dans le futur, "la plus grande contribution d'Apple à l'humanité " sera " dans la santé ". Un nouveau capteur permettant le suivi du sommeil serait d'ailleurs en test et devrait être incorporé dans l'Apple Watch en 2020. " Apple déve-loppe de plus en plus l'aspect santé connectée sur sa gamme Series. Aujourd'hui, c'est devenu le principal déclencheur d'achat pour une montre connectée, souligne Flavien Vottero, directeur d'études " nouvelles technologies " du bureau d'études Xerfi. On a pu le voir avec l'électrocardiogramme intégré dans le dernier modèle et qui a été certifié par l'autorité de santé américaine. Cela relève désormais de l'équipement médical. " Trois ans après la sortie de l'Apple Watch, la société de Tim Cook est devenue le premier vendeur de garde-temps au monde. Mais la concurrence réplique. Avec de plus en plus d'arguments novateurs. Résultat : l'an dernier, le marché des smartwatches a bondi de plus de 50 %. En tout, il s'est vendu plus de 45 millions de montres connectées dans le monde en 2018. Et il devrait bientôt s'en écouler des quantités encore plus impressionnantes, à des prix de plus en plus bas. En 2019, les ventes de ces objets portés sur le corps devraient encore croître de plus de 30%, selon le cabinet Strategy Analytics. L'enjeu est de taille. Il s'agit d'équiper les poignets du monde entier de fonctions interactives et communicantes via Internet. Si Apple, Samsung et Fitbit captent près de 88 % du marché, plus de 30 marques se livrent bataille. Le fabricant Fossil, dont Google s'est rapproché en janvier, ou encore Garmin, pourraient d'ailleurs bousculer l'ordre établi. Mais la dernière trouvaille est à mettre au crédit d'un outsider, le chinois Nubia, qui avec son écran flexible s'enroulant autour du poignet, propose la première ébauche de la smartwatch nouvelle génération. Un produit hybride entre la montre connectée et le smartphone. Très hésitante au début, même l'horlogerie de luxe tente une percée avec des modèles haut de gamme signés Louis Vuitton ou Tag Heuer. " Lorsque l'on veut créer une smartwatch, la difficulté est de donner de l'émotionnel à un objet rationnel ", explique Jean-Claude Biver, à la tête de la division horlogère de LVMH. Un vrai défi pour ces gardiens du temps, quand on sait que la plupart des tocantes high-tech vendent davantage une promesse d'obsolescence, un modèle chassant l'autre. Comme Frédérique Constant (Citizen), Tissot (Swatch Group), Montblanc (Richemont), Alpina ou encore Fossil (qui fabrique les modèles connectés de Diesel, Michael Kors et Emporio Armani), Louis Vuitton a également cédé aux sirènes du numérique avec la Tambour Horizon, sortie l'an dernier et vendue 2.500 euros. " Contrairement à 90 % des smartwatches du marché, nous avons voulu apporter une esthétique horlogère, des matériaux nobles, déclare Michael Burke, PDG de l'entreprise. Cette Tambour Horizon a été créée comme une montre mécanique, avec des fonctions particulières à Louis Vuitton, marque liée à l'univers des voyages. " Dans le même temps, les fabricants d'électronique ne cachent plus leur envie de pénétrer les codes du luxe. Apple recrute chez Burberry et Yves Saint Laurent, ajoute à ses ambassadeurs des personnalités comme Anna Wintour - la redoutée rédactrice en chef de Vogue. Et signe des partenariats avec d'illustres maisons comme Hermès avec, à la clé, une montre hybride à 1.450 euros... Un flirt pas si anodin, qui rappelle que le véritable destin des montres connectées est sans doute là, aux confins des meilleurs savoir-faire technique et esthétique.