Propriétaires des lieux, l'homme d'affaires ostendais Frank Monstrey et son épouse Petra Noe ont vu grand. Très grand. L'investissement global s'élève à plus de 125 millions d'euros. Mais il pourrait, à terme, s'avérer très rentable. Le parcours de golf fait déjà l'unanimité auprès des spécialistes. Et dans cette zone verte idéalement située dans la banlieue de la capitale, le résidentiel de prestige est évidemment très recherché.
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Propriétaires des lieux, l'homme d'affaires ostendais Frank Monstrey et son épouse Petra Noe ont vu grand. Très grand. L'investissement global s'élève à plus de 125 millions d'euros. Mais il pourrait, à terme, s'avérer très rentable. Le parcours de golf fait déjà l'unanimité auprès des spécialistes. Et dans cette zone verte idéalement située dans la banlieue de la capitale, le résidentiel de prestige est évidemment très recherché. Frank Monstrey est un businessman et un globe-trotter très discret. Il a longtemps travaillé dans l'immobilier et l'investissement. Mais c'est via la société Nostrum Oil & Gas, cotée à la Bourse de Londres et spécialisée dans l'exploitation du gaz et du pétrole au Kazakhstan, qu'il a fait fortune. L'histoire commence en 2001 lorsque le mythique hippodrome de Sterrebeek, fondé en 1936, ferme ses portes, victime de l'essoufflement des courses hippiques en Belgique. Trois ans plus tard, le domaine est racheté par Frank Monstrey et sa société Tensor Capital Management via une annonce dans un journal. Les bâtiments sont quasiment en ruine, des chasseurs occupent régulièrement les terres. Mais l'homme d'affaires flaire le bon coup et s'adjuge le lot. " Dans un premier temps, nous avons installé, au coeur du champ de course, un petit parcours de golf pour occuper les lieux en attendant un éventuel concept plus ambitieux.... " Frank Monstrey et son épouse ne sont pas golfeurs. Mais ils se piquent au jeu. Et, un peu plus tard, ils décident d'investir dans un projet avant-gardiste qui mélange, à grande échelle, le sport, le loisir et l'immobilier. Ainsi naît, sur le papier, Sterea Golf The National. " Il nous a fallu faire preuve de beaucoup de patience pour obtenir les autorisations administratives et les permis de construire. Nous avons dû jongler avec les réglementations spécifiques concernant les affectations des zones de loisirs, des quartiers résidentiels et les terrains agricoles ! Nous avons dû réaliser des études et des fouilles archéologiques. Rien n'a été simple. Sans oublier, bien sûr, les impératifs écologiques liés au respect de l'environnement et des zones vertes. Entre le rachat des terres et le début des travaux, plus de 10 ans se sont écoulés. Mais, à l'arrivée, je crois que nous avons réussi à convaincre toutes les parties prenantes que notre projet était à la fois sérieux, viable et intéressant pour l'économie de toute la région ", expliquent à l'unisson les nouveaux propriétaires. Le résultat est impressionnant. De l'ancien hippodrome, il ne reste aujourd'hui que quelques vestiges, quelques arbres. " En fait, nous avons décidé de repartir d'une feuille blanche et de tout réinventer. Après avoir racheté quelques terres supplémentaires qui appartenaient à des fermiers locaux, nous avons installé 3 hectares de plans d'eau avec, en toile de fond, 75.000 m3 de terrassement. Un énorme chantier qui touche enfin à sa fin. " Le club de golf est l'épicentre du concept. Le parcours porte la griffe de Bruno Steensels, l'un des architectes belges les plus renommés avec déjà plus de 80 réalisations à son actif, dont plusieurs à l'étranger. " Il a été conçu avec une vision très écologique, pour ne fâcher personne. C'est un éco-golf certifié conforme ", précise ce dernier. Il s'agit d'un championship course de plus de 6.600 m (des back tees). C'est le plus long du pays. Et probablement l'un des plus challenging, surtout lorsque le vent s'invite à la fête, ce qui est souvent le cas sur ce links de plaine de la campagne brabançonne. " Le défi est permanent. C'est du target golf, comme disent les Américains. Aucun trou ne ressemble à l'autre. Il faut jouer juste, faire preuve à la fois d'audace et de sagesse ", résume Bruno Steensels, plutôt fier du résultat. Il a raison. The National est une belle réussite. D'apparence plat, il recèle de nombreuses ondulations, notamment près des greens. Parfois, on se croirait en Ecosse. Le joueur a rarement les pieds plats, un peu comme à Augusta. Et puis, au gré de sa promenade, il doit éluder de nombreux obstacles judicieusement placés. Des bunkers, bien sûr, souvent posés à la tombée des drives. Mais aussi plusieurs plans d'eau. Le trou n°18 s'annonce déjà comme l'un des plus spectaculaires du pays avec un petit green ceinturé par l'eau. On retrouve l'état d'esprit du Golf National, près de Paris, qui accueillera la Ryder Cup en 2018. Chaque détail a été étudié. Les greenkeepers ont réalisé un travail remarquable et le drainage a fait l'objet d'une attention très particulière. " Une heure après les plus gros orages, le terrain est déjà sec... " Même le décor du parcours a été soigné. Près du finishing hole, on découvre ainsi de grandes sculptures de l'artiste américain Jim Dine. De l'art sur un parcours de golf ? Seul le Château Royal d'Ardenne, cher à Léopold II, avait osé l'association grâce aux vestiges du passé, dont une chapelle, une tour et une fontaine. Pour l'heure, le club de Sterrebeek compte environ 550 membres. Mais le chiffre pourrait rapidement doubler, tant l'intérêt est grand. Le droit d'entrée a été fixé à 5.000 euros et la cotisation annuelle tourne actuellement autour de 1.700 euros. On est dans les normes de prix pour des clubs haut de gamme en Belgique. D'autant que les infrastructures sont exceptionnelles avec, notamment, un driving range sur deux étages où l'on peut driver à plus de 300 m et s'entraîner sur du véritable gazon. C'est unique dans notre pays et cela fait déjà saliver les meilleurs frappeurs ! Un petit parcours compact de six trous, dessiné à l'attention des débutants ou des hommes d'affaires pressés, complète l'offre. Enfin, The National Brasserie - avec sa confortable terrasse sise face au parcours - aura tôt fait de consoler les joueurs qui auront collectionné les bogeys et qui auront envie d'échanger la carte de score par celle du menu. Lequel sera concocté par le chef Sven Dumont, qui a fait ses classes chez Yves Mattagne et Wout Bru. The National a de grandes ambitions au niveau sportif. Il a été construit avec l'espoir avoué d'accueillir rapidement les plus grandes compétitions. L'idée de voir y renaître l'Open de Belgique en version European Tour est donc potentiellement d'actualité. La dernière édition de l'épreuve remonte à l'an 2000 lors du Belgacom Open, cher au regretté John Goossens. Grâce aux exploits de nos meilleurs joueurs, le golf belge n'a jamais surfé si haut sur la vague. La discipline est de plus en plus populaire et médiatisée, notamment côté flamand. " Le timing serait idéal pour se lancer dans l'aventure et organiser un tournoi d'envergure internationale ", constate Nicolas Colsaerts. D'autant qu'une rumeur laisse entendre que Thomas Pieters et son entourage direct pourraient s'impliquer, personnellement, dans le projet d'organisation. Certes, il faudra trouver des sponsors - ce ne sera pas le plus simple - mais la dynamique est désormais en marche. Et Sterrebeek fera forcément partie des potentiels hôtes de l'événement. Ceci dit, fût-il labellisé championship course, The National n'est pas réservé qu'aux champions ou aux petits handicaps. Loin s'en faut. " Grâce aux cinq tees de départ - trois pour les hommes, deux pour les femmes - chacun y trouvera son bonheur. " L'idée est qu'il soit agréable et passionnant pour tous les membres et visiteurs, peu importe leur niveau de jeu, précise Bruno Steensels. C'est dans cet esprit ludique qu'il a été pensé et qu'il doit grandir. Un parcours de golf ne peut pas accueillir que des champions. Il doit tourner toute l'année et procurer du plaisir à tous les membres." Pour que le business model du projet tienne la route, le golf n'était évidemment pas suffisant. Frank Monstrey et son équipe ont donc agrémenté la mise au green par un vaste concept hôtelier et immobilier. Une association win-win qui devrait, à terme, générer des dividendes. Dans les prochains mois, un "boutique hôtel" de 90 chambres verra le jour. Il sera, bien sûr, un pied-à-terre idéal pour les golfeurs préférant loger sur le site. Mais, à deux pas de l'aéroport et de l'Otan, il répondra également aux attentes des hommes d'affaires étrangers en semaine et des touristes le week-end. Equipé de salles de réunions et d'un espace wellness, il pourra accueillir à la fois des séminaires et des visiteurs de passage. Là aussi, la recette a fait ses preuves : unité de lieu, de temps et d'action, comme au théâtre ! Le projet immobilier, baptisé Sterea, s'inscrit dans le même esprit qualitatif que le parcours de golf. Il aboutira d'ici 2021 à la création de 220 unités d'hébergement, destinées à un public très large, allant des familles aux seniors en passant par les hommes d'affaires. " Il y aura à la fois des villas exclusives, des maisons unifamiliales, des immeubles à appartements et des résidences-services ", précise Petra Noe. Bref, une véritable zone résidentielle autour du golf. L'urbaniste Paul Lievevrouw et son bureau SUM ont créé un véritable espace de vie sur plus de 10 hectares. Et l'architecte paysagiste Bart Smets a veillé à la disposition harmonieuse et linéaire des bâtiments. Quelque part, il a joué les metteurs en scène de la nature. L'idée globale est de faire cohabiter les habitations, la détente et le travail dans un cadre verdoyant et de toujours favoriser la qualité de vie. Le respect de la nature et de l'environnement font ainsi clairement partie du cahier des charges. A tous les niveaux. De nombreux arbres indigènes ont été plantés et l'habitat naturel de certains animaux rares - comme des espèces protégées de chauves-souris - a été remis en état. Par sa situation géographique, entre les villages de Sterrebeek et Tervueren, la région a évidemment beaucoup d'atouts. Le ring voisin rend l'accessibilité facile vers la capitale, l'aéroport de Zaventem est tout proche. Et c'est pourtant le calme qui prédomine dans le domaine. Aux dernières nouvelles, Frank Monstrey et Petra Noe ne jouent toujours pas au golf. Mais ils ont promis de s'y mettre rapidement ! MIGUEL TASSOThe National a de grandes ambitions au niveau sportif. Il a été construit avec l'espoir avoué d'accueillir rapidement les plus grandes compétitions.