Le rejet par les députés britanniques de l'accord de Brexit négocié par Theresa May, la Première ministre, a été perçu comme une victoire des partis populistes ou souverainistes. Mais avec le recul, c'est plutôt leur échec qu'il met en lumière. Car la leçon à retenir de ce rejet, c'est qu'un " petit " pays comme le Royaume-Uni ne peut pas faire cavalier seul. Ni lui aujourd'hui, ni la Grèce hier, ni l'Italie ou la Hongrie demain.
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Le rejet par les députés britanniques de l'accord de Brexit négocié par Theresa May, la Première ministre, a été perçu comme une victoire des partis populistes ou souverainistes. Mais avec le recul, c'est plutôt leur échec qu'il met en lumière. Car la leçon à retenir de ce rejet, c'est qu'un " petit " pays comme le Royaume-Uni ne peut pas faire cavalier seul. Ni lui aujourd'hui, ni la Grèce hier, ni l'Italie ou la Hongrie demain. Ces trois derniers Etats sont gouvernés par des populistes de droite ou de gauche. Des Etats qui, contrairement à ce qu'ils clament haut et fort, n'ont pas énormément de pouvoir de négociation. Voyez la Grèce avec le parti Syriza qui a d'abord annoncé qu'il ne céderait plus aux diktats du FMI et de la BCE (Banque centrale européenne) mais qui, au final, a avalé la potion amère concoctée par les experts de Bruxelles. Le scénario devrait se répéter avec la Grande-Bretagne, moyennant quelques nuances. Certes, les députés ont rejeté l'accord de Brexit négocié pendant presque deux ans par Theresa May, mais ils n'ont pas osé faire sauter son gouvernement. Car en réalité, les alternatives ne sont plus légion : soit on reporte la date fatidique du 29 mars pour trouver un accord, soit il faudra proposer aux électeurs britanniques un second référendum. Les populistes qui brandissent une pancarte avec " No deal, no problem " se fourrent donc le doigt dans l'oeil. Le gouverneur de la banque centrale britannique a bien prévenu le gouvernement et sa population : en cas de Brexit dur, le coup sera aussi pénible qu'en 2008, quand la crise financière a éclaté. Autrement dit, le taux de chômage va augmenter de 4 à 10% et l'immobilier s'effondrer de 25 à 35% sur trois ans ! Sauf à vouloir se suicider collectivement, les populistes britanniques sont en train de réaliser qu'ils doivent abandonner leurs chimères de souveraineté s'ils ne veulent pas être à l'origine d'un appauvrissement massif de leurs concitoyens. Même en Italie, la coalition populiste actuellement au pouvoir a dû rabattre ses prétentions. Au départ, elle a proposé à la Commission européenne un budget populiste avec des tas de promesses électorales non financées et un déficit annoncé de 2,4%, soit bien au-delà de ce que l'Europe autorise. Et cette même coalition a aussitôt ajouté qu'elle ne reculerait pas d'un millimètre face aux diktats des fonctionnaires de Bruxelles. Or, que voit-on aujourd'hui ? Qu'en dehors des problèmes liés aux réfugiés, pour lequel il reste inflexible, ce même gouvernement a accepté de diminuer son déficit budgétaire et a même réduit sensiblement ses promesses les plus emblématiques comme un revenu universel citoyen ou l'anticipation de l'âge de le retraite. Il faut dire que les marchés financiers ont pris peur et ont immédiatement sanctionné le programme de ce gouvernement en augmentant le taux d'intérêt demandé à l'Italie. Et depuis, le discours italien est devenu nettement plus conciliant. Même chose en Hongrie (la Cour de justice européenne a calmé les ardeurs dictatoriales de Viktor Orban) et en Turquie (le porte-monnaie des Turcs est mis à rude épreuve en raison de la politique monétaire de Recep Tayyip Erdogan). Tous ces pays populistes n'ont pas les moyens de leur politique. Le seul qui peut - hélas - se permettre de jouer cavalier seul, c'est Donald Trump. Pour la simple raison qu'il est la tête de la première puissance économique, monétaire et politique du monde. Mais à long terme, même le locataire de la Maison Blanche devra se rendre à l'évidence. Les grands problèmes de ce monde (climat, prolifération nucléaire, crise des migrants, guerre commerciale, terrorisme, dérapages de l'intelligence artificielle) ne peuvent être réglés que par la coopération internationale. Le contraire de ce que prônent les populistes et autres souverainistes. En fait, pour se débarrasser du populisme, il faudrait le laisser gouverner comme au Venezuela... Mais reste à voir si les électeurs s'en rendront compte avant le mois de mai lorsqu'ils voteront pour leurs députés européens.