Carlos Ghosn est incarcéré depuis le 19 novembre dans le redoutable centre de détention de Kosuge à Tokyo. A ce jour, la seule vérité judiciaire officielle tient en peu de mots : il est reproché au PDG de l'Alliance Nissan-Renault-Mitsubishi d'avoir sciemment sous-évalué entre 2011 et 2015 sa rémunération dans les rapports financiers que Nissan doit remettre aux autorités bour...

Carlos Ghosn est incarcéré depuis le 19 novembre dans le redoutable centre de détention de Kosuge à Tokyo. A ce jour, la seule vérité judiciaire officielle tient en peu de mots : il est reproché au PDG de l'Alliance Nissan-Renault-Mitsubishi d'avoir sciemment sous-évalué entre 2011 et 2015 sa rémunération dans les rapports financiers que Nissan doit remettre aux autorités boursières. Carlos Ghosn nie ces accusations. Mais la presse japonaise est plus prolixe que le procureur : elle prétend que cette dissimulation aurait continué après 2015 et aurait aussi concerné le versement de bonus indexés sur l'évolution de l'action. Elle le soupçonne aussi d'avoir fait acheter et rénover par Nissan des résidences de luxe et d'avoir fait rémunérer sa soeur pour des travaux de consultance. Le tout via des montages dans des paradis fiscaux. En France, personne ne sait rien du contenu du dossier. Ni le groupe Renault ni le gouvernement. Cette absence d'éléments a conduit le groupe français à maintenir Carlos Ghosn à son poste de PDG tout en confiant la direction exécutive à Thierry Bolloré et en lançant un audit interne sur les rémunéra- tions de Ghosn. Nissan a apparemment eu accès à tout ou partie du dossier. Ce qui explique la destitution de Ghosn de son poste de président, votée la semaine dernière y compris par les administrateurs représentant Renault. Ils se sont engagés au silence mais on leur aurait montré des éléments probants. Dans la foulée, Mitsubishi, le petit Poucet de l'Alliance, a aussi révoqué Carlos Ghosn de son poste de président. Quid de l'avenir de l'Alliance ? Nul doute que les Japonais vont profiter de cet épisode pour modifier les rapports de force. Nissan ne digère pas le déséquilibre au sein du groupe alors qu'il est le plus grand constructeur. Renault détient, en effet, 43,3 % du capital de Nissan qui, lui, ne possède que 15 % de la marque au losange.