Plasticien algérien né en 1971, Adel Abdessemed vit et travaille à Paris. C'est dans cette ville, sur le parvis face à Beaubourg, que s'installe à l'automne 2012, l'une de ses plus fameuses créations : un bronze creux de quatre mètres de haut représentant le coup de tête donné par Zinédine Zidane à l'Italien Marco Materazzi lors de la Coupe du Monde de 2006. En montrant " le côté sombre du héros ", Adel Abdessemed confirm...

Plasticien algérien né en 1971, Adel Abdessemed vit et travaille à Paris. C'est dans cette ville, sur le parvis face à Beaubourg, que s'installe à l'automne 2012, l'une de ses plus fameuses créations : un bronze creux de quatre mètres de haut représentant le coup de tête donné par Zinédine Zidane à l'Italien Marco Materazzi lors de la Coupe du Monde de 2006. En montrant " le côté sombre du héros ", Adel Abdessemed confirme son goût pour la controverse et la violence comme vecteur d'art. S'il quitte l'Algérie en 1994 pour la France, c'est sous pression d'une guerre civile qui vise également les artistes : les traces du traumatisme se trouveront ultérieurement dans Don't Trust Me, représentant des animaux abattus à coups de masse. Mais l'exposition spécialement conçue pour le MAC's ne comporte aucune pièce a priori scandaleuse même si toutes questionnent vertement guerre et politique. Le parcours se fait en sept stations dont les deux premières diffusées en boucles vidéos dans la pénombre : l'image de l'artiste transpercé, inspirée du Testament d'Orphée de Cocteau et puis celle, fugace, d'un chat noir. Ephémères sensations physiques qui préparent à la rencontre de Bristow, pigeon kamikaze sur un banc, et Spirit, réplique d'un engin de la Nasa : ceux-ci bordent les trois pièces majeures, variations sur le pouvoir. Pouvoir de la guerre dans la trentaine de grands dessins au fusain représentant des figures de soldats pêchées sur Internet, pouvoir du temps via l' impressionnante mécanique horlogère incorporant sept chats et un chien empaillés. Allégorie qui rappelle que " le temps aboie mais n'attend pas ". Même s'il attend peut-être les personnages de ce qu'Adel Abdessemed nomme anti-monument : à savoir 27 effigies en bois calciné représentant les Choeurs de l'Armée rouge décimés dans un crash d'avion fin 2016. On s'y arrête un bout de temps, fasciné par la beauté mortifère de la matière, touché par la façon dont l'artiste immortalise la mémoire de chanteurs et possiblement d'un monde, tous disparus.