Deliveroo fait face, depuis quelques semaines, à une série d'actions de certains livreurs qui critiquent la décision de la firme de payer ses prestataires à la course (7,25 euros brut, sans minimum garanti) et non plus à l'heure, et d'imposer à l'ensemble de ses livreurs de passer sous le statut d'indépendant. Jusqu'ici, un système avait été mis en place en collaboration avec la coopérative SMart qui salariait les coursiers et avait négocié un revenu horaire, et la garantie d'un minimum de 3 heures de travail.

" Il faut permettre à chacun d'avoir le choix, réagit Jean-Bernard Robillard, l'un des coursiers actifs dans le mouvement de contestation. Le nouveau système mis en place par Deliveroo n'est en rien avantageux pour les livreurs. D'après mes calculs, je perdrai jusqu'à 30 % de mes revenus qui s'élèvent mensuellement à 1.400 ou 1.600 euros nets. " De son côté, la start-up regrette " qu'une minorité de coursiers activistes répandent de mauvaises informations ". Et elle soutient qu'avec les nouvelles conditions de travail et une nouvelle plateforme qui permet aux coursiers de se connecter quand ils le veulent (et non plus dans des shifts stricts), les coursiers gagnent en moyenne 18,5 euros par heure. Mieux donc que les 12 euros en moyenne auparavant.

" Mais notre intérêt reste que les coursiers s'y retrouvent et soient satisfaits de travailler avec nous, ce qui est le cas de la majorité d'entre eux ", nous confie Mathieu de Lophem, country manager de Deliveroo, qui avance avoir reçu ces dernières semaines 3.000 sollicitations de personnes souhaitant devenir coursiers.

La plupart des plateformes prennent désormais un maximum de précautions pour éviter qu'on puisse requalifier leurs prestataires en salariés. Ce serait intenable financièrement alors que le modèle continue de poser question. Pour Pascal Flisch, business developper chez Trends Business Information, qui a étudié les comptes de la SPRL Deliveroo Belgium : " La société n'est pas virtuelle et ses coûts de structure sont importants. En 2016, le résultat opérationnel affichait une perte de 4 millions d'euros. Pour atteindre l'équilibre, le chiffre d'affaires à réaliser ne doit pas être loin de 8 à 10 millions d'euros à structure inchangée. Est-ce possible pour la petite Belgique ? J'en doute".