L'habit ne fait pas le moine, dit le proverbe. Pour Séverine, peu sûre d'elle, c'est pourtant un chemisier qui fera d'elle une adulte. Timide, cette jeune étudiante en lettres se sent à l'écart du monde, entre des professeurs indifférents et un copain resté grand adolescent. Lors d'un baby-sitting dans un immeuble bourgeo...

L'habit ne fait pas le moine, dit le proverbe. Pour Séverine, peu sûre d'elle, c'est pourtant un chemisier qui fera d'elle une adulte. Timide, cette jeune étudiante en lettres se sent à l'écart du monde, entre des professeurs indifférents et un copain resté grand adolescent. Lors d'un baby-sitting dans un immeuble bourgeois, elle revêt, suite à un concours de circonstances, un chemisier en soie blanche appartenant à la mère de l'enfant dont elle a la charge. Une fois le vêtement sur ses épaules, elle n'est plus la même. Comme protégée par cette armure fluide et douce, Séverine passe de la défense à l'attaque. Elle devient convaincante lors de ses prises de parole en public et se découvre une nouvelle sensualité. Un an après Une soeur, roman graphique estival racontant l'éveil à la sexualité d'un jeune adolescent, Bastien Vivès revient avec cette histoire d' empowerment. Grâce à son trait au feutre-pinceau, le chemisier, objet central graphique et sensuel, se pare d'un mouvement traduisant le parcours psychologique de l'héroïne, récit politique d'émancipation féminine mâtiné d'une touche d'érotisme dont l'auteur de Polina a le secret. Sa propre prise de confiance, dit le dessinateur qui affectionne - et cela se voit - le cinéma français à la Claude Miller ou à la Claude Pinoteau. Derrière Séverine, on imagine une Isabelle Adjani de La gifle ou une Sophie Marceau de L'étudiante. Son trait en suggestion et son scénario économe en mots mais lourd de sens constituent encore une fois un ravissement pour les yeux et le coeur.