Le président brésilien Michel Temer, qui a pris l'an dernier la succession d'une Dilma Rousseff destituée, est lui-même poussé vers la démission. En cause : l'enregistrement d'une conversation dans laquelle il semble donner son aval au versement de pots-de-vin à un témoin important. Bien que l'interprétation donnée à l'enregistrement en question soit discutable, la pression s'intensifie sur Temer. Tant dans la rue qu'au Parlement, l'opposition prend de l'ampleur, et même ses alliés politiques le laissent tomber les uns après les autres.
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Le président brésilien Michel Temer, qui a pris l'an dernier la succession d'une Dilma Rousseff destituée, est lui-même poussé vers la démission. En cause : l'enregistrement d'une conversation dans laquelle il semble donner son aval au versement de pots-de-vin à un témoin important. Bien que l'interprétation donnée à l'enregistrement en question soit discutable, la pression s'intensifie sur Temer. Tant dans la rue qu'au Parlement, l'opposition prend de l'ampleur, et même ses alliés politiques le laissent tomber les uns après les autres. La nouvelle crise politique qui frappe la plus grande économie d'Amérique l atine n'a évidemment pas réjoui les marchés financiers. Pour les investisseurs, Michel Temer était le symbole du changement après Rousseff, indépendamment de l'atmosphère de scandale qui flottait autour de son équipe gouvernementale. Dès son entrée en fonction, Temer avait promis de s'attaquer au déficit budgétaire important et de créer un climat plus favorable aux investisseurs. Après avoir fait passer au Parlement une loi qui gèle les dépenses publiques réelles pour les vingt prochaines années, Michel Temer s'était engagé dans une réforme du système de pension. Le gouvernement comptait sur un vote en octobre, mais le projet n'a désormais plus aucune chance d'aboutir. La nouvelle crise politique menace de renvoyer l'agenda des réformes aux calendes grecques et de provoquer un nouveau dérapage du déficit budgétaire - qui a atteint quelque 9 % du produit intérieur brut l'an dernier. La crise politique menace par ailleurs de pousser le Brésil encore plus profondément en terrain spéculatif. Aujourd'hui, l'État brésilien bénéficie d'une note BB chez Standard & Poor's (S&P), soit deux échelons sous le niveau investment-grade, et Ba2 chez Moody's. Le Brésil affichait encore une note de solvabilité investment-grade il y a deux ans à peine. S&P a de plus placé la note BB sous negative watch, ce qui signifie qu'il est probable que la note soit abaissée au cours des trois prochains mois. Chez Moody's aussi, la perspective est négative depuis peu. Une nouvelle dégradation de la note risque de chasser de nouveaux investisseurs des obligations brésiliennes, ce qui entraînerait une hausse des taux d'intérêt (et une baisse du réal). Une crise qui menace en outre d'éroder la confiance des consommateurs, des entreprises et des investisseurs, et d'étouffer la fragile reprise économique dans le pays. Après une contraction de près de deux ans, l'économie brésilienne devrait enfin renouer avec la croissance cette année, mais les prévisions ont déjà été revues à plusieurs reprises à la baisse. Les chances sont réelles que la démission de Temer plonge le pays dans un chaos politique qui pourrait ramener l'économie en récession. Pour les investisseurs, la destitution de Temer - une procédure qui peut prendre plusieurs mois - serait un scénario cauchemardesque. Temer avait en effet ressuscité l'espoir de voir le Brésil laisser derrière lui la mauvaise gestion de Rousseff et retrouver une note investment-grade. Cet espoir était un facteur important dans le redressement du réal brésilien en 2016, année durant laquelle la monnaie a repris 30 % au dollar à partir d'un plancher de 4 réaux par dollar fin 2015. Le différentiel de taux entre les obligations en réal et en dollar était un deuxième facteur important dans l'appréciation de la monnaie brésilienne l'an dernier. Dans une tentative de dompter le dérapage inflationniste, la Banque centrale brésilienne avait relevé son taux à court terme à 14,25 % en 2016. La Banque centrale américaine (Réserve fédérale ou Fed) n'avait en revanche procédé qu'à un seul relèvement de taux (de 0,25 point de pourcentage en décembre). Si la perte du réal vis-à-vis du dollar reste limitée à moins de 5 % depuis le début de l'année, c'est également imputable à l'inertie de la Fed. Selon les investisseurs, celle-ci ne devrait relever son taux que maximum deux fois cette année. La croissance économique reste relativement faible aux États-Unis, et les mesures de Donald Trump destinées à soutenir la croissance se font toujours attendre. Le différentiel de taux par rapport aux obligations en réal brésilien reste donc attrayant, même si la Banque centrale brésilienne a abaissé son taux directeur de 14,25 à 11,25 % en plusieurs étapes au cours du semestre précédent. La baisse de moitié de l'inflation à 4,1 % a en effet permis à la Banque de donner un peu d'air à l'économie, ce dont elle a cruellement besoin. Le réal brésilien (BRL) reste une monnaie intéressante pour les investisseurs en obligations qui souhaitent épicer le rendement de leur portefeuille, même si nous conseillons à nouveau de limiter l'exposition à quelques pour cent du portefeuille. Parmi les obligations intéressantes, assorties d'une note de solvabilité élevée, en réal brésilien, citons la Banque européenne d'investissement (BEI) 8,5 % 23/01/2020 BRL (rendement brut de 8 %, coupure de 5000 BRL, code ISIN XS1550952292) et l'International Finance Corporation(IFC) 12 % 29/01/2019 BRL (rendement brut de 8,5 %, coupure de 5000 BRL, code ISIN XS1349365764). IFC est une filiale de la Banque mondiale. Pour la deuxième fois en moins de deux ans, un président brésilien risque la destitution.