"Il y a bien, dans L'estampe au temps de Bruegel, huit gravures de Bruegel, ou tout au moins huit pièces inspirées par ses dessins, même si le geste de gravure n'est pas forcément de sa main. " La précision des organisateurs de l'exposition n'est peut-être pas inutile, puisque l'on peut sortir du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles un rien frustré quant à la présence de l'oeuvre du maître flamand (1525-1569), et pas seulement de ses influences. Pourtant, le texte de présentation de la rétrospective Le siècle de Bruegel...

"Il y a bien, dans L'estampe au temps de Bruegel, huit gravures de Bruegel, ou tout au moins huit pièces inspirées par ses dessins, même si le geste de gravure n'est pas forcément de sa main. " La précision des organisateurs de l'exposition n'est peut-être pas inutile, puisque l'on peut sortir du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles un rien frustré quant à la présence de l'oeuvre du maître flamand (1525-1569), et pas seulement de ses influences. Pourtant, le texte de présentation de la rétrospective Le siècle de Bruegel 450 ans, dans le cadre de l'année Bruegel, ne ment pas puisqu'il ne promet que l'évocation d'une époque et pas forcément des créations de ce génie de la peinture, du dessin et de la gravure. Le Palais abrite d'ailleurs en même temps une deuxième exposition, Bernard van Orley - Bruxelles et la Renaissance, qui honore un créateur (1488-1541) du siècle de Bruegel, pas forcément connu du grand public mais qui impressionne. Deux expos, payables séparément ou avec un passe (un rien onéreux : 22 euros, prix plein). La pénombre est commune aux deux propositions, mais pas la dimension des pièces exposées. Dans ses tableaux, Bernard van Orley fait montre d'une poésie graphique très Renaissance, c'est-à-dire largement alimentée par les notables en portraits et par la religion, où démons et christs abondent. On reste surtout fasciné par l'extraordinaire qualité de ses monumentales tapisseries, confondantes par le soin accordé au détail, dans une mise en scène toujours très narrative. Ces pièces étaient confectionnées en ses ateliers, surchargés de commandes, que ce soit de la cour de Marguerite d'Autriche ou de celle de Marie de Hongrie. Ces confections extra-larges ne sont pas seulement le témoignage d'un monde visuel précédant de trois siècles la photographie, mais aussi la résultante d'un travail technique éblouissant, notamment dans la façon de rendre le visage humain. C'est d'ailleurs l'une des vertus essentielles de l'expo : comprendre qu'aucune facilité n'est de mise dans ce siècle, que chaque oeuvre ne s'obtient qu'au fil d'un labeur d'artisan inspiré et de centaines d'heures de travail. C'est peut-être moins flagrant dans la seconde expo, L'estampe au temps de Bruegel : de plus petits formats, le plus souvent cantonnés au noir et blanc, mais où paraissent aussi des traits de caractère et de ligne qui, plus tard, formeront ce que l'on nomme aujourd'hui la bande dessinée. Plutôt pour adultes.