En 2016, alors que la guerre civile était en train de tourner en sa faveur, Bachar al-Assad s'était juré de reprendre " tout le pays " aux rebelles qui cherchaient à le renverser. Un porte-parole du département d'Etat américain, qui apportait son soutien à ces derniers, avait déclaré qu'il " se faisait des illusions " . Ignorant les mises en garde de l'Occident, Assad a sollicité le soutien de l'Iran et de la Russie. Après huit ans de combats qui ont fait 500.000 morts et mené au déplacement de la moitié de la population, le tyran sanguinaire va finalement tenir sa promesse en reprenant le contrôle de l'ensemble du pays en 2020.
...

En 2016, alors que la guerre civile était en train de tourner en sa faveur, Bachar al-Assad s'était juré de reprendre " tout le pays " aux rebelles qui cherchaient à le renverser. Un porte-parole du département d'Etat américain, qui apportait son soutien à ces derniers, avait déclaré qu'il " se faisait des illusions " . Ignorant les mises en garde de l'Occident, Assad a sollicité le soutien de l'Iran et de la Russie. Après huit ans de combats qui ont fait 500.000 morts et mené au déplacement de la moitié de la population, le tyran sanguinaire va finalement tenir sa promesse en reprenant le contrôle de l'ensemble du pays en 2020. L'ultime bataille se déroulera dans la province septentrionale d'Idlib, un territoire de trois millions d'habitants, parmi lesquels beaucoup sont partis se battre dans d'autres régions du pays. Et là aussi, des puissances étrangères interviendront. La Turquie soutient les rebelles de la province, qui est aujourd'hui aux mains d'extrémistes, dont des djihadistes liés à al-Qaida. La plupart combattront jusqu'à la mort, mais une partie d'entre eux s'enfuiront vers le nord, avec des centaines de milliers de réfugiés. Istanbul essaiera peut-être d'éviter le chaos en passant un accord avec la Russie, mais on peut craindre un bain de sang. La victoire de Bachar al-Assad sera assortie de conditions rigoureuses. La Turquie quittera Idlib mais restera dans le nord-est de la Syrie, qu'elle a envahie en 2019. Son incursion sur le territoire syrien visait à chasser les forces kurdes locales, considérées par les Turcs comme terroristes. Un accord avec la Russie (auquel a été associé Bachar al-Assad) a permis à Istanbul d'atteindre cet objectif avec l'octroi du contrôle d'une " zone tampon " située du côté syrien de la frontière. Le calme risque toutefois d'être de courte durée. Les forces turques et russes patrouilleront ensemble, mais Assad accuse la Turquie de " voler " son territoire et les Kurdes lui reprochent d'avoir détruit le proto-Etat qu'ils avaient créé. Les Kurdes maudissent également les Etats-Unis, avec lesquels ils ont vaillamment combattu les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) en Syrie. Des milliers d'entre eux sont morts dans ces combats, alors que le nombre de victimes a été très faible du côté américain. Néanmoins, le président Donald Trump a brusquement abandonné ses alliés en 2019 en retirant la plupart de ses troupes de Syrie, une opération qui va profiter à l'EI. Il compte sur la Turquie pour contenir les djihadistes, or c'est elle qui, au départ, les a laissés pénétrer sur le territoire syrien. L'EI a été chassé de son territoire et la mort de son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, dans une opération menée par les Américains, a été un nouveau coup dur. Cependant, le groupe compte toujours des milliers de combattants et est en passe de " s'institutionnaliser ". L'an dernier, il a revendiqué de nombreux attentats, du Congo au Sri Lanka. " Notre combat vise aujourd'hui à user l'ennemi et à le disperser " , a déclaré Baghdadi avant sa mort. Bachar al-Assad va permettre au groupe EI de recruter plus facilement des membres. Les tactiques impitoyables du dirigeant syrien l'ont coupé d'une grande partie de la population. Dans la province d'Idlib, il rase des habitations et des hôpitaux ainsi que des abris de rebelles. Il a gazé son propre peuple à plusieurs reprises. Des millions de musulmans sunnites, qui représentaient auparavant une large majorité de la population, ont fui les massacres et quitté le pays. Assad, qui est alaouite (une subdivision de l'islam chiite), estime qu'il en a résulté " une société plus saine et plus homogène " . Les sunnites qui sont restés en Syrie ne sont pas de cet avis. Des partisans du régime se sont emparés de leurs biens et ont transformé le paysage urbain. Des dizaines de milliers de sunnites croupissent dans des prisons secrètes deAssad, qui vont devenir des incubateurs du terrorisme. Ceux qui ont quitté le pays n'auront aucune raison de vouloir y revenir. La guerre a créé quelque 6 millions de réfugiés. La fin du conflit approchant, des pays comme la Jordanie, le Liban et la Turquie souhaitent les voir rentrer chez eux. Les populations de ces pays les accusent de peser sur le budget national et de prendre leurs emplois, et les autorités politiques en font des boucs émissaires. Un certain nombre de réfugiés ont été contraints de rentrer chez eux, même s'ils étaient originaires de régions comme la province d'Idlib. Ceux qui restent risquent de former une diaspora permanente remplie d'amertume, comme les Palestiniens. Pourtant Assad et ses alliés voient la guerre comme un grand succès. Non seulement le régime en est sorti vainqueur, mais la Russie est devenue le principal arbitre dans le pays et une puissance très influente dans la région. Quant à l'Iran, il a pris pied en Syrie, lui offrant un autre front pour tourmenter Israël (qui continuera à bombarder les positions iraniennes). Mais c'est sous-estimer le prix de cette victoire. Non seulement la Syrie de Bachar al-Assad est en proie à des tensions ethniques et religieuses, mais elle grouille de terroristes et est menacée par des puissances étrangères. Dans les années qui viennent, la victoire risque d'être plutôt amère.