Nous sommes bien souvent les victimes consentantes d'une nouvelle théorie marketing qui nous incite à adopter d'autres comportements, supposés être plus positifs ou plus écolos. Les Américains appellent cela le nudge, une carotte ou une forme d'incitation à agir d'une certaine manière plutôt que d'une autre.
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Nous sommes bien souvent les victimes consentantes d'une nouvelle théorie marketing qui nous incite à adopter d'autres comportements, supposés être plus positifs ou plus écolos. Les Américains appellent cela le nudge, une carotte ou une forme d'incitation à agir d'une certaine manière plutôt que d'une autre. Et des exemples, il y en a des tonnes. Dans certaines toilettes publiques, on trouve une mouche noire dessinée au centre des urinoirs. Son utilité consiste à inciter les hommes à la viser. Le but est ainsi de rendre les WC plus propre et de diminuer le travail du personnel d'entretien. De même, certains hôtels ont décidé d'afficher le pourcentage de clients ayant accepté d'utiliser plusieurs jours la même serviette. Résultat ? Entre 40 et 50 % de leurs nouveaux clients réutilisent eux aussi leurs serviettes ! Le nudge c'est donc ça, une incitation psychologique à faire les bons choix. Eh bien, sachez que le fisc belge utilise exactement la même méthode pour nous pousser à payer nos impôts plus vite et presque avec le sourire. Cette technique a été employée sans que nous le sachions en 2015 et 2016. Le SPF Finances a envoyé neuf modèles différents de lettres de rappel afin de déterminer lequel était le plus efficace. Résultat, c'est la lettre simplifiée qui s'est montrée la plus efficace. Comment ? En changeant la forme et le fond des anciennes lettres de rappel. Les nouvelles lettres ont été rédigées dans un langage plus clair, elles ont été personnalisées, sont plus sympathiques et sont même agrémentées de formules de politesse. Elles ont par ailleurs joué sur l'empathie en expliquant, par exemple, que les impôts servaient à financer les soins de santé. En clair, ces lettres d'un nouveau genre visaient à mettre mieux en avant le coût moral et financier du mauvais comportement du contribuable. Et cette technique a fonctionné, puisque l'administration fiscale a constaté une augmentation de 20 % des bons comportements, soit une rentrée de 27 millions d'euros, et cela 14 jours après la sommation. C'est en soi un tour de force. Allez, encore un petit effort marketing et on finira par dire merci au contrôleur fiscal ! AMID FALJAOUI