En dernière page de Tous les péchés du monde sont capitaux, une carte de Moscou selon son plan médiéval reprend les principaux lieux de l'enquête que mènent les protagonistes. Car le vrai héros sans doute de ce thriller hanté par l'Histoire, c'est bien elle, la Moscou médiévale, longtemps appelée la Nouvelle Jérusalem par les chrétiens orthodoxes, persuadés d'avoir trouvé sur les bords de la Moskva le lieu de la résurrection du Christ. Une histoire que l'on connaît mal en Europe occidentale et que le livre de Daria Desombre a le mérite et le charme de nous raconter. D'autant qu'elle le fait par l'entremise d'un polar qui n'hésite pas à sonder à la fois les secrets de la bureaucratie policière moscovite et les mystères révélés par l'archéologie d'une ville qui a connu " beaucoup de bruxellisation ", comme l'explique en petit clin d'oeil la romancière désormais installée à Bruxelles.

Chez les orthodoxes, il n'y a pas de purgatoire... le paradis ou l'enfer. Point.

Ville personnage

Native de Saint-Pétersbourg, ville sans doute plus majestueuse que sa rivale de l'est, Daria Desombre désirait jouer avec ce temps où Moscou était perçue comme une capitale de la chrétienté. " Je voulais croiser la vision médiévale qui considérait tous les péchés comme capitaux avec la réalité contemporaine, où rien n'est péché. " Un terreau prometteur pour une bonne histoire policière mettant en scène une étudiante en droit, Macha Karavaï, passionnée par les tueurs en série. Pistonnée, celle-ci parvient à obtenir un stage au sein de la criminelle de Moscou dans le service du bougon et solitaire Andreï Yakovlev.

Reléguée à des tâches d'archivage, elle parvient toutefois à susciter la curiosité de sa hiérarchie en commençant à établir des liens entre d'anciennes affaires d'homicides, dont celle concernant son père, toujours irrésolue. Quand un cadavre est retrouvé à deux pas du Kremlin, avec le crâne marqué du nombre 14, un étrange puzzle semble se dessiner. Superposé au plan de la ville, il retrace les contours de la Jérusalem céleste. D'abord réticent, l'enquêteur revêche accepte de suivre les thèses posées par sa stagiaire, dont il se rapproche peu à peu.

Agréable à suivre sans pour autant révolutionner le genre, alourdie par des dialogues parfois trop évidents, l'intrigue vaut peut être plus par son décor et par ce qu'elle nous dit de la Russie d'aujourd'hui. " Le grand Moscou est aujourd'hui une ville de 20 millions d'habitants. Elle est tout bonnement invivable ", explique l'auteure. Qui plus est, l'affection des Russes pour cette grande cité, symbole du pouvoir et de ses à-côtés peu reluisants (corruption, népotisme, clivages sociaux, etc.), est modérée. S'y loger est cher et pousse la classe moyenne, à l'image du personnage d'Andreï, à gagner une périphérie moins riche mais bien plus tranquille. La Russie, pays de campagnes surtout. " C'est pourquoi il était intéressant de placer la ville comme un personnage, un caractère propre de mon scénario. " Et il est vrai qu'on a rarement si bien " visité " Moscou que dans ce livre.

Cinq tomes

La capitale russe reste donc un sujet de prédilection pour celle qui a débuté sa carrière d'écriture par le scénario pour la télévision et le cinéma, avant finalement de bifurquer vers le roman. " Le métier de scénariste est décevant, frustrant même. A Moscou, mon expérience a relevé de l'enfer : les acteurs n'apprenaient pas leur texte, le réalisateur s'amusait à changer mon récit... " En publiant des livres, au contraire, Daria Desombre reste seule maîtresse à bord. Et cela lui réussit puisqu'elle a conquis plus d'un million de lecteurs russophones avec ses polars. Tous les péchés sont capitaux n'est en effet que le premier tome d'une série de cinq, en passe d'être traduits.

Daria Desombre, " Tous les péchés sont capitaux ", éditions Le Masque, 384 pages, 21,50 euros.