Les investisseurs qui ont des couronnes suédoises (SEK) en portefeuille ont peu de raisons d'être satisfaits. Ce dernier mois, la monnaie a perdu 5 % de sa valeur par rapport à l'euro. Sur cinq ans (depuis juillet 2012), la perte s'établit même à 15 %. De manière assez paradoxale, l'économie suédoise s'est très bien comportée ces dernières années, avec des taux de croissance dont nous ne pouvons que rêver dans la zone euro. Le produit intérieur brut (PIB) suédois s'est accru de 2,7 % en 2014, de 4,1 % en 2015 et de 3,3 % l'an dernier. Et bien que la croissance économique ait légèrement ralenti au premier trimestre, la Commission européenne table sur un taux de 2,6 % cette année (contre 1,5 % pour la zone euro). Le chômage en Suède devrait se stabiliser à 6,6 % cette année et l'an prochain.
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Les investisseurs qui ont des couronnes suédoises (SEK) en portefeuille ont peu de raisons d'être satisfaits. Ce dernier mois, la monnaie a perdu 5 % de sa valeur par rapport à l'euro. Sur cinq ans (depuis juillet 2012), la perte s'établit même à 15 %. De manière assez paradoxale, l'économie suédoise s'est très bien comportée ces dernières années, avec des taux de croissance dont nous ne pouvons que rêver dans la zone euro. Le produit intérieur brut (PIB) suédois s'est accru de 2,7 % en 2014, de 4,1 % en 2015 et de 3,3 % l'an dernier. Et bien que la croissance économique ait légèrement ralenti au premier trimestre, la Commission européenne table sur un taux de 2,6 % cette année (contre 1,5 % pour la zone euro). Le chômage en Suède devrait se stabiliser à 6,6 % cette année et l'an prochain. La faiblesse consternante de la couronne suédoise s'explique avant tout par la politique de la Riksbank suédoise - la plus vieille banque centrale au monde -, qui semble aveugle à la croissance économique enregistrée par le pays ces dernières années. La politique de la Riksbank est extrêmement accommodante pour une économie qui tourne à plein régime. Depuis février 2016, le taux suédois à court terme s'établit à -0,5 %. C'est un demi-pour cent de moins que le taux de la Banque centrale européenne (BCE), ramené à zéro pour réveiller une croissance atone dans la zone euro. À la surprise générale, la Riksbank a également prolongé son programme de rachat d'obligations publiques suédoises de 15 milliards SEK (1,54 milliard d'euros). Par le biais de ce programme de rachat, la Riksbank veut peser sur les taux à plus long terme. D'ici la fin de cette année, elle aura racheté pour un total de 290 milliards SEK (près de 30 milliards d'euros) en obligations publiques (plus de 15 % de la dette publique suédoise totale). De plus, tous les montants qui arrivent à échéance seront réinvestis. Cette contradiction (une politique monétaire extrêmement stimulante pour une économie qui tourne très bien) trouve son origine dans le fait que la Riksbank est obnubilée par l'inflation. Malgré les taux de croissance élevés de ces dernières années, l'inflation reste désespérément basse en Suède. En 2015, alors que l'économie suédoise avait enregistré une croissance de plus de 4 %, l'inflation n'a pas dépassé 0,7 %. Elle a augmenté à 1,1 % l'an dernier, et devrait s'établir autour de 1,4 % cette année et l'an prochain, selon la Commission européenne. C'est toujours loin de l'objectif de la Riksbank (2 %). Laquelle espère donc accélérer la croissance économique et ainsi créer davantage d'inflation avec ses taux bas. Autre avantage : les taux bas affaiblissent la couronne suédoise, ce qui rend les produits importés plus chers et accroît ainsi l'inflation. La faiblesse de l'inflation n'est pas le seul argument invoqué par les dirigeants de la Banque centrale suédoise pour justifier leur politique extrêmement laxiste. En tant que pays exportateur, la Suède dépend énormément de la santé économique de ses partenaires commerciaux. Son principal partenaire est l'Allemagne (qui prend à son compte 10,6 % des exportations totales), suivie par le Danemark (7,6 %), le Royaume-Uni (7,6 %), les États-Unis (7,3 %) et la Norvège (6,9 %). La Riksbank entrevoit plusieurs risques importants pour les exportations, comme les menaces de protectionnisme aux États-Unis et le Brexit. Si les exportations faiblissent, la croissance économique pourrait ralentir en Suède - une raison (ou plutôt un prétexte) de plus pour maintenir les taux bas. La politique de la Riksbank se traduit par des rendements lamentables sur les obligations en SEK. Pour les obligations de la qualité la plus élevée (note AAA chez S&P), vous éprouverez des difficultés à dénicher 1 % à 10 ans (et il faut encore en déduire le précompte mobilier). Ne comptez pas non plus sur un relèvement des taux à court terme. Ces dernières années, les ménages suédois ont profité massivement de la faiblesse des taux pour acheter des logements à crédit, ce qui a entraîné de fortes hausses des prix. Une correction du marché immobilier et une hausse du nombre de défauts de paiement pourraient affecter la solvabilité des banques suédoises qui détiennent des hypothèques. Le rendement sur les obligations en SEK devra donc provenir des cours de change. Malheureusement, les perspectives ne sont pas plus favorables sur ce front. Au contraire de la Riksbank, la BCE évoque déjà la manière dont sera abandonnée la politique actuelle de taux zéro compte tenu d'une croissance économique supérieure aux attentes. De plus, le risque politique a beaucoup baissé depuis les élections présidentielles françaises. Ces évolutions ne sont guère prometteuses pour la couronne suédoise, et nous n'envisageons pas de redressement de la monnaie par rapport à l'euro au cours des mois à venir. Autrement dit : les obligations en SEK n'apporteront de rendement ni via le coupon, ni via le cours de change. Pour l'instant, il est préférable de laisser la couronne suédoise de côté. La Riksbank suédoise semble aveugle à la croissance économique enregistrée par le pays ces dernières années. Elle est obnubilée par l'inflation.