L'année 2020 marquera pour la Hongrie le centenaire du traité de Trianon, un épisode traumatisant dans l'histoire du pays. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, ce traité a dépecé le royaume de Hongrie, le privant des deux tiers de son territoire ( voir carte) et cédant plus de la moitié de sa population à la Roumanie, la Tchécoslovaquie, l'Ukraine et d'autres pays voisins. Le traité de Trianon fut, selon l'historien Krisztian Ungvary, la pire catastrophe que la Hongrie ...

L'année 2020 marquera pour la Hongrie le centenaire du traité de Trianon, un épisode traumatisant dans l'histoire du pays. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, ce traité a dépecé le royaume de Hongrie, le privant des deux tiers de son territoire ( voir carte) et cédant plus de la moitié de sa population à la Roumanie, la Tchécoslovaquie, l'Ukraine et d'autres pays voisins. Le traité de Trianon fut, selon l'historien Krisztian Ungvary, la pire catastrophe que la Hongrie ait jamais connue. A ce jour, les Hongrois pleurent encore la dislocation de leur pays. Depuis son retour au pouvoir en 2010, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a tout fait pour que les douleurs fantômes des membres amputés ne s'apaisent pas. Sa première grande initiative législative a été de faire adopter une loi donnant aux quelque 2,5 millions de Magyars de souche vivant à l'étranger le droit de solliciter un passeport hongrois. Plus d'un million de personnes ont répondu à son offre et votent depuis lors massivement pour son parti, le Fidesz, qui subventionne la diaspora magyare à hauteur de 160 milliards de forints (environ 475 millions d'euros) par an. Viktor Orban a également fait du 4 juin, date anniversaire de la signature du traité de Trianon en 1920, la Journée de l'unité nationale (devenue officiellement fête nationale depuis 2010). Il apporte aussi son soutien à des conférences rouvrant le débat sur la lecture historique des détails du traité de paix. En 2020, Orban célébrera la Journée de l'unité nationale en inaugurant un gigantesque monument commémoratif du traité de Trianon, juste en face du Parlement. L'ouvrage, en cours de construction, se présentera sous la forme d'une rampe de 100 mètres de long, en blocs de granit sur lesquels seront gravés les noms des quelque 13.000 villes et villages qui faisaient autrefois partie du royaume de Hongrie. Sa présence ne fera que conforter le sentiment de perte historique. Même des historiens proches du gouvernement de Viktor Orban, comme Andras Gero, estiment qu'il ne pourra qu'exacerber une vaine nostalgie. Le Premier ministre hongrois ne va pas jusqu'à revendiquer un redécoupage des frontières. Mais remâcher les vieux ressentiments est pour lui une façon de renforcer son credo nationaliste. Le traité de Trianon fut une tragédie pour les Hongrois. Au lieu de les aider à s'en remettre, Orban se plaît à remuer le couteau dans la plaie.