La semaine dernière a été chargée sur le plan géopolitique. Il est vrai que la poignée de mains entre Donald Trump et le jeune dictateur nord-coréen semble avoir été l'événement phare de ces derniers jours. Pourtant, c'est loin d'être le cas. Motif ? D'abord, parce que cette rencontre relève davantage du show télévisé bien orchestré que d'une véritable avancée dans la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Ensuite, parce que le régime nord-coréen nous a habitués depuis 30 ans à de multiples volte-faces. L'important pour lui étant d'abord de gagner du temps pour sauvegarder la dynastie en place. Bref, le prix Nobel de la paix n'est pas encore entre les mains de Donald Trump.
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La semaine dernière a été chargée sur le plan géopolitique. Il est vrai que la poignée de mains entre Donald Trump et le jeune dictateur nord-coréen semble avoir été l'événement phare de ces derniers jours. Pourtant, c'est loin d'être le cas. Motif ? D'abord, parce que cette rencontre relève davantage du show télévisé bien orchestré que d'une véritable avancée dans la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Ensuite, parce que le régime nord-coréen nous a habitués depuis 30 ans à de multiples volte-faces. L'important pour lui étant d'abord de gagner du temps pour sauvegarder la dynastie en place. Bref, le prix Nobel de la paix n'est pas encore entre les mains de Donald Trump. En revanche, la semaine dernière, la Banque centrale européenne (BCE) a lancé une bombe passée inaperçue auprès du grand public. Mario Draghi, son président, a sonné la fin de l'argent gratuit. Autrement dit, la fin des taux d'intérêt proches de 0 % en zone euro. Le président de la BCE a indirectement indiqué aux gouvernements de la zone euro qu'ils seront désormais livrés à eux-mêmes. Sous-entendu : plus question pour eux de compter sur la BCE pour soutenir la croissance ou réparer leurs éventuelles erreurs de politique économique. C'est un virage à 360 ° par rapport aux propos tenus par le même Mario Draghi il y a six ans à peine. A l'époque, le président de la BCE avait volé au secours de l'euro lorsqu'il était attaqué par les marchés financiers. Souvenez-vous, il n'avait pas hésité à déclarer que l'euro était irréversible et qu'il utiliserait tout son pouvoir pour éviter la dislocation de la zone euro. Il n'en fallait pas plus pour rassurer les marchés qui savent d'expérience qu'il ne faut jamais contrer une banque centrale, sous peine d'y perdre des plumes. Et c'est vrai que Mario Draghi a fait son maximum. Non seulement, la BCE a ramené artificiellement les taux d'intérêt à court terme à 0 %, voire même en territoire négatif pour favoriser la croissance. Mais de plus, la BCE a même chamboulé l'orthodoxie allemande en achetant pour 2.400 milliards d'euros de dettes publiques. Cette somme de 2.400 milliards n'est pas anodine. C'est deux fois le PIB de l'Espagne, une fois le PIB de la France et presque cinq fois le PIB de la Belgique ! Mais voilà, six ans après ce sauvetage de l'euro, la banque centrale européenne estime qu'il est temps de laisser les taux d'intérêt remonter à des niveaux plus normaux. Résultat : la BCE a décidé la semaine dernière de ne plus acheter de dette publique européenne à partir de la fin décembre 2018. C'est donc la fin officielle du fameux QE ( quantitative easing). Quant à son taux d'intérêt principal, la BCE a assuré qu'il resterait encore bas jusqu'à l'été 2019 mais après, c'est fini ! En clair, la BCE autorise la remontée des taux d'intérêt comme c'est le cas aux Etats-Unis. A priori, c'est plutôt un signal positif. C'est la preuve que l'économie de la zone euro est robuste et n'a plus besoin de bénéficier des béquilles monétaires. Reste à voir si, sur le plan social, le résultat des efforts de la BCE sera jugé aussi positivement. Des doutes subsistent. En effet, le dernier rapport de l'OCDE montre que, dans des pays comme la Belgique ou la France, il faudrait 180 années pour qu'un descendant de famille pauvre puisse atteindre le revenu moyen de son pays. Cent quatre- vingts ans, c'est l'équivalent de six générations ! Autrement dit, l'inégalité des chances a augmenté en zone euro. L'ascenseur social est en panne. Pire encore, ce n'est pas seulement une question de revenu, cela concerne tous les aspects sociaux-culturels : profession, éducation ou santé. Selon cette étude, les enfants de cadres sont deux fois plus susceptibles de devenir cadres eux-mêmes que les enfants de travailleurs manuels. Fidèles à leur jargon, les économistes en tirent comme conclusion la nécessité d'avoir une croissance " inclusive ". Manière polie de dire que la reprise actuelle laisse énormément de personnes au bord de la route. Manque de pot, la révolution numérique risque sans doute d'accélérer les inégalités. L'alerte est plus que claire : les mouvements populistes auront du grain à moudre si la croissance ne redevient pas... inclusive. Les propos de Lord Keynes, " les problèmes sont tous économiques, mais les solutions sont toutes politiques " sont plus que jamais d'actualité.