Venise n'est plus seulement la destination la plus romantique d'Europe, elle est aussi désormais la ville des grandes décisions fiscales. C'est en effet dans la Cité des Doges que les ministres des Finances du G20 ont confirmé leur volonté d'instaurer un impôt minimum de 15% au niveau mondial. En réalité, ils ne font qu'entériner l'accord conclu préalablement par 131 pays sur les 139 réunis sous l'égide de l'OCDE.
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Venise n'est plus seulement la destination la plus romantique d'Europe, elle est aussi désormais la ville des grandes décisions fiscales. C'est en effet dans la Cité des Doges que les ministres des Finances du G20 ont confirmé leur volonté d'instaurer un impôt minimum de 15% au niveau mondial. En réalité, ils ne font qu'entériner l'accord conclu préalablement par 131 pays sur les 139 réunis sous l'égide de l'OCDE. Avant la pandémie, pareil impôt minimum aurait été impensable, ou plutôt impraticable. Mais c'est l'un des rares avantages de ce virus: en vidant les caisses des Etats, y compris aux Etats-Unis, il a forcé tous les gouvernements à chercher l'argent où il se trouve. En l'occurrence, surtout dans les paradis fiscaux. Joe Biden le sait bien: une étude récente du Trésor américain montre que sur les 10 principaux lieux de dépôt des bénéfices des multinationales américaines en 2018, sept étaient des paradis fiscaux! La preuve? Un Etat comme les Bermudes, par exemple, captait 10% de tous les bénéfices réalisés à l'étranger par les multinationales américaines. Bref, s'il y aura bientôt un impôt minimum sur les sociétés (en octobre), ce sera grâce au virus. Et au fait que c'est Joe Biden qui a imposé cet impôt. Pas par altruisme mais par nécessité. Le président américain est exactement dans le même bateau que les autres gouvernants: il a besoin d'argent pour financer ses plans de relance. La seule différence, mais de taille, c'est que Joe Biden peut imposer son agenda aux autres pays. Avec courtoisie, avec un ton plus policé que Donald Trump, le nouveau locataire de la Maison- Blanche obtient ce qu'il veut. Voire il impose sa vision aux autres. La meilleure preuve: les Européens voulaient - en dépit de cet impôt minimum - taxer spécifiquement les Gafam, mais Joe Biden a mis son veto. Donald Trump avait dit exactement la même chose en menaçant même l'Europe de représailles sous forme de taxes douanières supplémentaires. Avec Biden, l'échange est plus poli mais à l'arrivée, la menace des taxes douanières demeurait au-dessus de la tête des Européens. Autre style, mais même philosophie: America first. Gare donc à ne pas tomber dans une forme de naïveté coupable. D'ailleurs, comment blâmer Joe Biden? Il sait que les Gafam ne paient pas assez d'impôts, mais aussi que ce sont des fleurons industriels américains. Les cibler n'aboutirait qu'à renforcer les entreprises chinoises qui sont aujourd'hui les seules à concurrencer les géants de la technologie américaine. Et puis, ne soyons pas aveugles non plus: à force de se focaliser sur ces géants du web, on en oublierait que l'an dernier, 55 des plus grandes entreprises américaines, dont Nike et FedEx, n'ont payé aucun impôt sur les sociétés alors qu'elles ont globalement réalisé 40 milliards de dollars de bénéfices. Au final, ce n'est pas la Belgique qui devrait se plaindre de cet impôt minimum puisqu'il devrait lui rapporter 10 milliards d'euros. Enfin, ça c'est un calcul sur un tableau Excel. La réalité, elle, comme vous le savez, c'est plutôt le corbillard des illusions.