Question mythe, Robert Frank est une sorte de Bob Dylan de la photographie. On a l'impression qu'il a toujours été là, que ses racines sont indissociables de son pays, les Etats-Unis. Ce territoire est pourtant d'adoption puisque né en Zurich en 1924 d'une mère suisse et d'un père déchu de sa nationalité allemande parce que juif, Frank n'a immigré à New York qu'en 1946. Il démarre ...

Question mythe, Robert Frank est une sorte de Bob Dylan de la photographie. On a l'impression qu'il a toujours été là, que ses racines sont indissociables de son pays, les Etats-Unis. Ce territoire est pourtant d'adoption puisque né en Zurich en 1924 d'une mère suisse et d'un père déchu de sa nationalité allemande parce que juif, Frank n'a immigré à New York qu'en 1946. Il démarre sa carrière comme photographe de mode pour le prestigieux magazine féminin Harper's Bazaar. Puis, titulaire d'une bourse Guggenheim, il part sur les routes américaines du printemps 1955 à l'été 1956. Sa mission ? " Documenter la civilisation américaine ", ce qu'il va faire au gré de milliers de kilomètres parcourus dans une Ford d'occasion, particulièrement le long de la côte Ouest, dans les villes comme les communautés les plus rurales. Non seulement, la moisson est colossale - 27.000 clichés... - mais elle prend des libertés stylistiques qui choquent le public, à tel point que son travail se verra taxée d'antiaméricanisme et initialement refusé par l'important Life Magazine. Un peu comme le New York de William Klein, paru trois ans auparavant, le travail de Frank dérange initialement par ses floutés, ses cadrages peu usuels, ses lumières crues et son intérêt pour ce qui semble parfois, au premier abord, de simples artefacts de la vie nord- américaine. Il y a aussi son noir et blanc graineux qui n'enjolive rien, sorte de constat sans concession de l'état de pauvreté, de ségrégation, de misères sociale et culturelle d'un pays pourtant dégagé des affres de la Seconde Guerre mondiale et supposé triomphant à l'aube des Golden Sixties. Pas étonnant que ces photos ô combien réalistes, trouvent écho dans la contre- culture alors incarnée par la Beat Generation puis, 60 ans plus tard, dans une expo où elles font toujours parfaitement sens.