La déclaration du patron de la banque KBC, la semaine dernière, a frappé quelques esprits, dont le mien. Bien entendu, il ne l'a pas dit aussi brutalement, mais, en résumé : acheter une maison risque d'être plus difficile pour quelqu'un qui n'a pas de capital de départ. En fait, Johan Thijs a profité de la présentation des résultats trimestriels de sa banque pour " sortir de son texte ". Il s'est interrogé publiquement sur les risques liés aux prêts immobiliers en Belgique. Tout en restant prudent dans ses propos, il estime en gros que ces prêts hypothécaires ne sont pas ou plus rentables pour le secteur bancaire. Et comme il y a une concurrence féroce sur ce segment, il a peur que cela ne soit néfaste pour l'ensemble du secteur bancaire.
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La déclaration du patron de la banque KBC, la semaine dernière, a frappé quelques esprits, dont le mien. Bien entendu, il ne l'a pas dit aussi brutalement, mais, en résumé : acheter une maison risque d'être plus difficile pour quelqu'un qui n'a pas de capital de départ. En fait, Johan Thijs a profité de la présentation des résultats trimestriels de sa banque pour " sortir de son texte ". Il s'est interrogé publiquement sur les risques liés aux prêts immobiliers en Belgique. Tout en restant prudent dans ses propos, il estime en gros que ces prêts hypothécaires ne sont pas ou plus rentables pour le secteur bancaire. Et comme il y a une concurrence féroce sur ce segment, il a peur que cela ne soit néfaste pour l'ensemble du secteur bancaire. Comme nos lecteurs le savent, à chaque fois qu'une banque prête de l'argent, elle doit avoir un coussin, un matelas financier pour compenser un éventuel défaut. Et plus le crédit est risqué et plus ce matelas doit être rembourré ou important. Pour éviter d'éventuels futurs dérapages, le patron de KBC a déclaré publiquement qu'il n'y avait que deux possibilités : soit imposer aux banques un coussin financier supplémentaire lorsqu'elles accordent un prêt hypothécaire avec une quotité élevée, soit limiter le prêt hypothécaire pour les particuliers à un certain pourcentage de la valeur d'achat d'un bien immobilier. Clairement, le patron de KBC vise les prêts hypothécaires au-dessus d'une quotité de 80 %. Désormais, il sera plus difficile d'obtenir un crédit de 100.000 euros, par exemple, si vous n'avez pas un apport personnel de 20.000 euros (c'est ça la fameuse quotité de 80%). Par ailleurs, si vous tenez compte également des frais de notaire et des droits d'enregistrement, ce n'est pas de 20.000 euros dont vous aurez besoin sous forme d'épargne mais 30.000 euros ! Du moins, si vous voulez acheter ce bien de 100.000 euros pour reprendre mon exemple fictif. Autrement dit, pour les jeunes ménages qui veulent devenir propriétaires, l'équation est simple : il faudra soit avoir de l'aide des parents ou de ses proches, soit épargner plus longtemps avant d'acheter, soit acheter un bien de plus petite taille, soit se résoudre à rester locataire. Est-ce à dire que l'accès à la propriété sera réservé à un public de privilégiés ? Pas si vite : nous n'en sommes pas encore là. D'abord, parce que la déclaration de Johan Thijs n'engage que lui et pas l'ensemble du secteur bancaire. Mais ne nous leurrons pas, sa déclaration n'est pas innocente, d'autant qu'en plus d'être le patron de KBC, il est aussi le patron de Febelfin, l'association des banquiers de Belgique. Autrement dit, je ne pense pas que sa sortie publique soit le fait du hasard. Ensuite, il faudra aussi obtenir l'aval du gouvernement pour adapter les nouvelles normes de prudence bancaire, ce qui n'est pas encore acquis. D'autant que nous entrons en période électorale pendant deux ans, et ce gouvernement ne voudra pas apparaître comme bloquant l'accès à la propriété à des Belges qui ont une brique dans le ventre. La preuve ? Au moment d'écrire ces lignes, le gouvernement semblait envisager de forcer les banques à renforcer leurs réserves afin d'éviter de s'attirer les foudres des électeurs. Soyons réalistes : l'accès à la propriété sera de toute façon plus difficile à l'avenir, ne serait-ce que parce que les taux d'intérêt sur le marché seront en hausse. Plus les taux seront élevés, moins il y aura d'acheteurs et plus il y aura de locataires. Selon toute probabilité, notre marché immobilier va évoluer dans la direction de nos pays voisins, où il y a beaucoup plus de locataires que de propriétaires. Mais comme le disait un footballeur célèbre, " chaque inconvénient a aussi son avantage ". Ainsi, les personnes avec les moyens d'investir dans l'immobilier seront, elles, assurées d'un bon rendement et d'un marché locatif plus dense. C'est la version financiarisée de " Jean qui rit, et Jean qui pleure ". Amid Faljaoui Soyons réalistes : l'accès à la propriété sera de toute façon plus difficile à l'avenir, ne serait-ce que parce que les taux d'intérêt seront en hausse.