On aurait presque des remords d'avoir attendu aussi longtemps avant de visiter ces 3.000 m2 d'architecture spacieuse qui accueillent à la fois l'histoire de la céramique et ses créations contemporaines. Construit avec des moyens relatifs - 11 millions d'euros -, Keramis pose une astucieuse manière d'explorer un passé prestigieux et de le contextualiser.
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On aurait presque des remords d'avoir attendu aussi longtemps avant de visiter ces 3.000 m2 d'architecture spacieuse qui accueillent à la fois l'histoire de la céramique et ses créations contemporaines. Construit avec des moyens relatifs - 11 millions d'euros -, Keramis pose une astucieuse manière d'explorer un passé prestigieux et de le contextualiser. L'édifice de béton et de lumière est construit sur le site même de ce qui fut la manufacture Boch, créée en 1841. Une photo exposée témoigne de l'ampleur du lieu qui employa jusqu'à 1.300 ouvriers avant que l'usine ne fut démontée entre 2009 et 2013, ne laissant à voir au visiteur que les trois impressionnants fours originaux. La partie la plus vintage des collections s'installe dans des armoires transparentes qui dépoussièrent d'emblée le côté " vieille faïence " d'un artisanat devenu art. Voilà donc la colonne vertébrale de l'initiative : montrer, de façon à la fois didactique et scénographiée, l'évolution d'une pratique combinant aujourd'hui audace et créativité. Parfois plus proche de la sculpture que de la vaisselle. En cela, la salle consacrée aux 20e et 21e siècles multiplie les objets intrigants, comme le Buste noir de Pierre Caille, entre clown et gargouille, ou encore les vases d'Antonino Spoto, un autre Belge davantage tenté par les rondeurs et les teintes solaires. Comme si la céramique contemporaine ne se donnait plus aucune limite, approchant le sacré via les figures totémiques d'Antoine De Vinck ou cette extraordinaire pièce concentrique de l'Américain Bean Finneam, couronne rouge de plusieurs mètres de diamètre. Keramis exhume des exemples rares de ses collections dans l'expo Introspection : 7 ans d'acquisition jusqu'au 13 août. Et c'est gratuit le premier dimanche du mois, comme 150 lieux muséaux en Fédération Wallonie-Bruxelles (www.artsetpublics.be). www.keramis.be Par Philippe Cornet