Le 15 mars dernier, Mark Karpelès a été condamné par la justice japonaise à deux ans de prison avec sursis et six ans de mise à disposition. Ce Français, qui a depuis interjeté appel, était accusé d'une des plus incroyables fraudes de ces dernières années. Car Mark Karpelès dirige Mt. Gox, la plus importante plateforme d'échanges de bitcoins, gérant 80 % des flux mondiaux de cette cryptomonnaie. En 2014, 850.000 bitcoins, soit quelque 500 millions de dollars, disparaissent de la Mt. Gox installée au Japon, de quoi ébranler l'équilibre de cette monnaie libertarienne et l'économie mondiale de plus en plus attirée par elle.

Selon les enquêteurs japonais, le Français aurait élaboré le casse du siècle. Dans son enquête menée en collaboration avec Nathalie Stucky, ce que nous livre Jake Adelstein, journaliste spécialiste du Japon, c'est le parcours d'un surdoué de l'informatique à la trajectoire fulgurante (Karpelès n'a pas 30 ans lorsqu'il est inculpé) dans un monde d'idéalistes geeks qui jouent dangereusement avec les opportunités criminelles du dark web. J'ai vendu mon âme en bitcoins offre également un instantané d'un système judiciaire nippon qui oublie très vite la présomption d'innocence. Au final, le livre ouvre une porte : si le cas Mt.Gox interpelle, il n'est que l'arbre cachant une forêt sombre, celle d'opérateurs cherchant à trouver grâce aux cryptomonnaies le marché dérégulé permettant de dissimuler leurs desseins encore moins avouables.

Jake Adelstein et Nathalie Stucky, " J'ai vendu mon âme en bitcoins ", éditions Marchialy, 250 pages, 20 euros.