Pauvre Johnny Hallyday. Plus d'un an après sa mort, il fait encore la une des médias. Même le célèbre New York Times lui a encore consacré une page éditoriale pour savoir s'il était éthique ou pas de déshériter ses enfants . La question est en effet au coeur de ce litige entre les premiers enfants du rocker (Laura Smet et David Hallyday) et Laeticia, la veuve de Johnny et ses enfants mineurs, Jade et Joy.

Sauf à vivre sur la planète Mars, vous savez que Johnny Hallyday a rédigé un testament en 2014 sous le droit californien et dans lequel il lègue tous ses biens à Laeticia Hallyday et à ses enfants mineurs. Or, tout le litige provient du fait que la loi française interdit de déshériter ses enfants (Laura et David). Raison pour laquelle, depuis un an maintenant, la guerre fait rage entre les deux clans. Pour Laura Smet et David Hallyday, c'est la loi française qui doit primer et donc s'appliquer. Pour Laeticia, c'est la loi californienne qui s'impose. La première interdit de déshériter et la seconde l'autorise.

Vous, lecteurs, CEO, chefs d'entreprise, indépendants et autres professions libérales pouvez aussi, par inadvertance, donner au fisc le bâton pour vous battre.

Pour justifier sa thèse, Laeticia explique que son défunt époux était installé définitivement à Los Angeles depuis 2007, que les filles du couple étaient scolarisées à Los Angeles et que notre cher Johnny avait une carte de sécurité sociale américaine et qu'il souhaitait devenir citoyen américain. Bref, elle plaide l'ancrage américain pour ne pas avoir à partager les biens de son défunt époux. Mais voilà, son argumentation a volé en éclats car le tribunal de Nanterre s'est déclaré compétent pour juger l'affaire. Le plus cocasse, c'est qu'il a pu le faire grâce à Instagram.

La raison ? Les avocats de David Hallyday ont scruté à fond les comptes Instagram de Johnny et de Laeticia, dans lesquels les deux tourtereaux affichaient leurs moindres faits et gestes par photos interposées. Il ressort de cette petite " étude " de géolocalisation que le couple a passé 151 jours en France en 2015, 168 jours en 2016 et les huit derniers mois de 2017. Difficile dans ces conditions de dire qu'on est un véritable résident américain. Surtout lorsque ces photos sont accompagnées de commentaires genre " dîner en famille ", " dîner entre amis ", " fête d'anniversaire en présence de Brigitte et Emmanuel Macron " ou encore " nous sommes la France " en réaction aux attentats de Paris. Bref, les juges du tribunal français reconnaissent que Johnny avait une vie d'artiste itinérant, mais ajoutent qu'il avait tout de même gardé de fortes attaches avec la France.

Instagram n'est pas le seul coupable de ce rebondissement. Un moteur de recherche comme Google a également mis à mal la thèse " américaine " de Laeticia Hallyday. Celle-ci a beau déclarer qu'elle et son mari avaient élu résidence à Los Angeles depuis 2007, le tribunal a pu facilement pu démontrer qu'à la même date, Johnny Hallyday se disait résident suisse et avait même acheté un chalet à Gstaad. Pauvre Laeticia, trahie par Google et Instagram à la fois !

En fait, cette histoire d'héritage est rocambolesque car on ne sait même pas si au terme de ce mauvais soap-opéra, les héritiers de Johnny auront encore quelque chose à partager car, selon certaines sources, le fisc français réclamerait aujourd'hui 11 millions d'euros à la famille de Johnny. En attendant, la saga Hallyday démontre que la justice et le fisc ont désormais à leur disposition une arme de contrôle massive : les réseaux sociaux.

Affaire de stars seulement ? Pas que. Vous, lecteurs, CEO, chefs d'entreprise, indépendants et autres professions libérales pouvez aussi, par inadvertance, donner au fisc le bâton pour vous battre. Bien entendu, un redressement fiscal sur la base d'une photo sur Instagram au volant d'un bolide de luxe ne suffira pas à convaincre un juge que notre train de vie ne correspond pas à notre déclaration fiscale. Nous savons tous qu'un cliché peut être photoshopé. Nous savons également qu'une photo n'est pas un acte de propriété et que les internautes peuvent affabuler en ligne. Mais voilà, le diable est dans les détails. Comme quoi, comme je le répète à l'envi, le vrai luxe aujourd'hui, c'est... l'anonymat.