Payer pour épargner, l'anomalie gagne du terrain. Depuis le 1er janvier, ING était déjà la première grande banque du pays à appliquer un taux d'intérêt négatif de - 0,5% à ses clients fortunés (particuliers et entreprises) qui avaient plus de 2 millions d'euros sur un compte d'épargne réglementé (taux minimum légal de 0,11%). A partir du 1er juillet, ce seuil sera sensiblement revu à la baisse et passera à 500.000 euros.
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Payer pour épargner, l'anomalie gagne du terrain. Depuis le 1er janvier, ING était déjà la première grande banque du pays à appliquer un taux d'intérêt négatif de - 0,5% à ses clients fortunés (particuliers et entreprises) qui avaient plus de 2 millions d'euros sur un compte d'épargne réglementé (taux minimum légal de 0,11%). A partir du 1er juillet, ce seuil sera sensiblement revu à la baisse et passera à 500.000 euros. En pratique, ING transférera l'argent déposé sur un compte d'épargne qui dépasse 250.000 euros vers un compte à vue sans intérêt. Compte à vue sur lequel un taux d'intérêt négatif de -0,5% sera appliqué dès l'instant où le seuil de 250.000 euros y sera également dépassé. En clair, celui qui a 510.000 euros sur un livret d'épargne ING recevra un intérêt de 0,11% sur 250.000 euros, ne recevra plus rien sur 250.000 euros et devra payer 0,5% sur 10.000 euros. La banque justifie sa décision en disant vouloir "tenir compte des conditions de marché": des taux d'intérêt tirés vers le bas par la BCE qui pèsent lourdement sur ses revenus. Elle avance également comme argument les coûts croissants de la réglementation et le développement de "nouveaux services numériques à valeur ajoutée pour ses clients". Alors qu'elles croulent toutes sous les dépôts des épargnants et n'en veulent plus parce que les parquer dans les coffres de la BCE leur coûte cher, d'autres grandes banques pourraient-elles suivre le mouvement? Chez BNP Paribas Fortis, on déclare "faire au mieux pour gérer la position de taux d'intérêt", KBC dit "être en train d'analyser la situation" et Belfius assure "ne pas vouloir emboîter le pas à ING". ING n'est du reste pas la seule banque du pays à taxer les épargnants. Parmi les plus petits acteurs du marché, la banque privée Puilaetco impose depuis plus d'un an une pénalité aux clients qui possèdent plus de 5 millions d'euros en cash. Triodos applique également depuis quelques mois un taux d'intérêt négatif de 0,5% aux dépôts supérieurs à 500.000 euros. Parallèlement à cette réduction de taux, ING a également annoncé une forte augmentation de ses tarifs, dont les frais annuels du compte Vert qui vont passer de 44 à 54 euros. Par ailleurs, le Lion Account, son très populaire compte en ligne (1,2 million de clients), ne sera bientôt plus gratuit. Il sera facturé 1,9 euro par mois à partir de juillet, sauf pour les jeunes (moins de 25 ans). Une augmentation qui rapportera à elle seule près de 23 millions d'euros à la banque. Fini, donc, le service complet et gratuit. La tendance ne s'observe pas uniquement chez ING. Pour compenser la hausse des coûts opérationnels et la baisse de revenus, la plupart des banques augmentent leurs tarifs et facturent aux clients ce qui était gratuit auparavant. Gestion de comptes, retraits aux distributeurs, transferts de titres, accès à un conseiller: les exemples de nouveautés en matière de frais bancaires ne manquent pas. Même Argenta a dû se résoudre l'an dernier à prendre le virage des services payants, devenant elle aussi de moins en moins "gratuite".