L'accélération de la croissance et l'augmentation de la Bourse peuvent-elles attirer les investisseurs ?

THIERRY COVILLE. Les investissements restent encore limités en Iran, bien que le gouvernement ait tendance à publier des chiffres plus élevés. Selon les chiffres de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), les flux d'investissements directs étrangers en Iran sont encore très faibles (3 milliards de dollars par an), ce qui est ridicule par rapport au potentiel du pays. On est encore loin de l'objectif du gouvernement iranien de 50 milliards de nouveaux investissements. Certes, ...

THIERRY COVILLE. Les investissements restent encore limités en Iran, bien que le gouvernement ait tendance à publier des chiffres plus élevés. Selon les chiffres de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), les flux d'investissements directs étrangers en Iran sont encore très faibles (3 milliards de dollars par an), ce qui est ridicule par rapport au potentiel du pays. On est encore loin de l'objectif du gouvernement iranien de 50 milliards de nouveaux investissements. Certes, des géants français, à l'instar de Total avec son accord gazier, ont sauté le pas, mais ce n'est pas suffisant. Le climat de peur et d'incertitude règne encore en Iran. Les banques ne veulent pas s'y implanter depuis l'amende record que BNP Paribas a dû régler en 2014. Ensuite, je crois qu'il faut se méfier de la Bourse de Téhéran qui est très spéculative et qui ne représente pas des mouvements de fond. Le marché iranien est un marché encore balbutiant, peu transparent. La croissance économique, quant à elle, est repartie en 2016 mais ce n'est pas gigantesque. Cette hausse est juste une conséquence mécanique de la possibilité d'exporter l'ensemble de ses revenus pétroliers (soit environ 50 % des recettes budgétaires). Pour que la croissance augmente encore plus, on devrait avoir davantage de réformes, de privatisations, de politiques de relance d'investissements étrangers, etc. Le président Rohani va s'y atteler lors de son deuxième mandat mais pour l'instant on ne le voit pas vraiment. Certes, il y a un énorme potentiel si l'Iran venait à s'ouvrir aux étrangers et les investisseurs qui cherchent à diversifier leur portefeuille pourraient songer à investir dans la Bourse de Téhéran. Mais pour l'instant, il ne faut pas tirer trop de conclusions. Par ailleurs, je pense que c'est plutôt mauvais signe qu'elle soit " décorrélée " des évolutions voisines, car cela prouve qu'elle reste encore très fermée. Si la Bourse s'ouvre, les possibilités sont réelles car l'économie iranienne a un potentiel d'économie émergente et pourrait facilement atteindre une croissance de 8 % par an. Quand je dis qu'il faut se méfier, c'est surtout en raison de son mode de fonctionnement. Si l'on se base sur les chiffres, on constate que 97 % des entreprises en Iran sont des très petites entreprises (moins de 10 employés). C'est donc seulement une petite minorité qui est cotée en Bourse. C'est l'économie qui tire les ficelles dans le pays : s'il y a plus d'investissements étrangers, de privatisations, alors à terme la Bourse pourra faire de très bonnes performances.